Et si la publicité pouvait répondre aux besoins spirituels des seniors ?

  1. Corinne ChevalierMaître de Conférences en Sciences de Gestion, Université Paris-Saclay
  2. Gaëlle MoalEnseignante-chercheure en marketing, Laboratoires L@bIsen et LEGO, Yncréa
Université Paris-Saclay
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La dernière partie de la vie a été identifiée par la recherche comme étant favorable à un développement spirituel accru. Shutterstock

Le vieillissement est un processus biologique et psychologique qui s’accompagne de changements souvent vécus comme des pertes. Il est également possible que la personne âgée subisse des réactions négatives, comme le phénomène de l’âgisme, qui est la considération négative d’une personne liée à son vieillissement. La vieillesse correspond également à une période de la vie où les gens pensent souvent à la mort. La conscience croissante de leur propre mortalité peut donc générer une forte anxiété.

Cependant, malgré les défis décrits ci-dessus, le vieillissement peut être réussi lorsque la personne âgée parvient à lui trouver un sens, à en apprécier les gains et à accepter les pertes associées à ce processus.

La création de sens appartient au domaine de la spiritualité, qui est une caractéristique marquante de l’adulte âgé. En effet, la dernière partie de la vie a été identifiée par la recherche comme étant favorable à un développement spirituel accru. Or, la maturité spirituelle est associée à un certain nombre de bénéfices : la capacité d’apprécier les gains associés au vieillissement, l’acceptation des changements associés à ce processus et la recherche du sens de la vie.

Les dernières années de vie ont été identifiées comme étant favorable à un développement spirituel accru. Shutterstock

Au vu de ces nombreux avantages, il semble donc pertinent d’examiner comment les seniors peuvent acquérir cette maturité spirituelle. Dans cette optique, nous avons montré dans un travail de recherche récent que la publicité pouvait justement jouer un rôle, notamment au travers de la présence de modèles âgés dans les communications.

Se sentir moins exclu

En vieillissant, plusieurs besoins spirituels sont évoqués par les 40 répondants à notre étude, âgés de 50 à 83 ans.

Tout d’abord, les interviewés expriment un besoin de restaurer leur dignité personnelle. Le vieillissement est en effet considéré comme un processus associé à une diminution des capacités physiques et de l’image corporelle, ce qui est accentué par le regard des autres, mais aussi à un déclin du rôle du senior dans la société.

Un participant de l’étude en témoigne :

« Les gens commencent à vous faire sentir à 60 ans, que vous n’allez plus être un acteur majeur, que d’autres (plus jeunes) arrivent… Vous commencez à être mis entre parenthèses, à être oublié. »

Les personnes âgées se montrent ainsi très sensibles à la place qui leur est donnée dans les publicités. Lorsque des seniors sont utilisés tout en étant représentés de manière réaliste, cela leur donne le sentiment qu’ils ont une place dans la société, qu’ils existent et ont de la valeur, comme nous l’explique un interviewé :

« J’aime voir des seniors dans les publicités. J’en ai marre de ne voir que des jeunes beaux et minces à la télévision ! Les seniors existent, surtout qu’ils sont de plus en plus nombreux et que leur pouvoir d’achat et peut-être plus important que celui des jeunes. Lorsqu’ils se voient dans les publicités, les seniors se sentent moins exclus de la société, moins en marge du reste du monde. »

Le recours à des mannequins seniors dans les publicités contribue ainsi à réduire l’anxiété des personnes âgées et les sentiments négatifs tels que le fait de ne pas être compris et de se sentir seul, comme nous l’a témoigné une senior :

« Je me reconnais mieux dans ces publicités étant moi-même une senior. Quand je vois des personnes de mon âge utiliser les mêmes produits que moi, je me dis que je ne suis pas la seule à l’utiliser ! C’est rassurant ! »

Nos répondants insistent également sur l’importance de la présence des personnes âgées dans les publicités pour améliorer l’image que les individus – surtout les plus jeunes – ont des seniors :

« Je pense que la publicité peut faire disparaître les préjugés que les personnes ont sur la vieillesse. Nous avons une vie sociale riche et nous nous épanouissons pleinement dans nos activités ! »

Un répondant reconnaît en effet que l’image des seniors peut apparaître négative chez certains :

« Voir une personne âgée, c’est un peu comme être confronté à la mort. C’est effrayant. »

Déconstruire les préjugés dans la publicité pourrait ainsi contribuer à répondre au besoin spirituel de réduire l’anxiété liée à la mort et d’accepter la fin. C’est d’autant plus essentiel qu’il est nécessaire de transcender les pertes pour apprécier les avantages du vieillissement, dont témoignent également les répondants dans notre étude.

Trouver un sens global à sa vie

En effet, les gains associés à une expérience de vie restent particulièrement appréciés. Le large éventail de compétences des personnes âgées, leurs capacités à regarder les choses avec plus de distance et la sagesse qui y est associée sont évoquées :

« On a notre expérience de la vie, on a fait plein d’expériences, on a vécu des choses qu’elles soient heureuses ou malheureuses d’ailleurs ! On voit la vie différemment maintenant. Avant, on pouvait porter beaucoup d’importance à certaines choses alors que maintenant, ça nous passe au-dessus de la tête ! »

Les seniors interviewés expriment plus largement le besoin de trouver un sens global à leur vie. Ils réfléchissent à ce qu’ils ont vécu et à ce qu’ils ont accompli :

« Vous regardez en arrière dans le but de dire : alors, regardons ce que j’ai fait, ce qu’il me reste à faire, ce que je pourrais encore faire. C’est comme un puzzle dont on assemble les pièces. »

Et lorsque le puzzle obtenu révèle une vie qu’ils considèrent comme réussie, ils peuvent plus facilement accepter leur fin prochaine :

« Si je regarde en arrière, la vie que j’ai eue, je pense que même si je devais partir demain, je suis satisfaite de ma vie. »

En conséquence, les publicités qui leur rappellent les événements importants de leur vie et les accomplissements de toute une vie, comme le fait d’avoir fondé une famille, peuvent aider les personnes âgées à assembler les périodes de leur vie pour en trouver le sens global.

Nos répondants évoquent aussi le besoin de croire en la continuité de la vie. La transmission des compétences et de l’expérience est importante :

« Ce que j’ai appris dans la vie, j’essaie de le transmettre à mes petits-enfants… Je leur donne tout le savoir que j’ai acquis. »

Les seniors apprécient ainsi de voir des publicités multigénérationnelles qui répondent au besoin de continuité de la vie et de transmission pour les autres générations au sein des familles :

« J’aime les publicités avec plusieurs générations car elles représentent la vie au sens large ! Elles suggèrent la sérénité de la famille, du cycle de vie. Tout le monde peut se réunir autour de cela ! »

« Positiver »

Notre étude permet ainsi de faire plusieurs recommandations destinées aux publicitaires, qui permettraient de répondre aux besoins spirituels des seniors et de contribuer au bien vieillir des seniors.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&features=eyJ0ZndfZXhwZXJpbWVudHNfY29va2llX2V4cGlyYXRpb24iOnsiYnVja2V0IjoxMjA5NjAwLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X2hvcml6b25fdHdlZXRfZW1iZWRfOTU1NSI6eyJidWNrZXQiOiJodGUiLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfX0%3D&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1286161365258960896&lang=en&origin=https%3A%2F%2Ftheconversation.com%2Fet-si-la-publicite-pouvait-repondre-aux-besoins-spirituels-des-seniors-158714&sessionId=db5f478d22e8604aa0d4aa2b957ee126211b5faf&siteScreenName=FR_Conversation&theme=light&widgetsVersion=1ead0c7%3A1617660954974&width=550px

Tout d’abord, il convient d’utiliser plus souvent des mannequins âgés afin de redonner aux seniors une place légitime dans la société et de réduire leur sentiment d’isolement.

Ensuite, il est préconisé de montrer des seniors ayant accompli de nombreuses choses dans la vie et qui adoptent une attitude positive malgré les difficultés du vieillissement.

Enfin, il est recommandé de les présenter dans des situations qui mettent en évidence les avantages du vieillissement (leur expérience ou leur sagesse par exemple). Cela permettra d’identifier ce que le vieillissement leur apporte en termes de bénéfices et conduira les seniors à accepter plus facilement l’avancée en âge.

Les publicitaires doivent « positiver » le vieillissement car comme le souligne l’une de nos répondantes :

« C’est vrai que la vieillesse peut faire peur, mais bon tout le monde devra passer par là un jour ou l’autre ! »

La pandémie vue par les séries

  1. Oihab Allal-Chérif Oihab Allal-Chérif est un·e adhérent·e de The ConversationBusiness Professor, Neoma Business School
Neoma Business School

Neoma Business School apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation FR.

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Le Docteur Shawn Murphy (The Good Doctor) annonce à son patient qu’il a la Covid-19 et que ses poumons sont atteints. ABC/Jeff Weddell

Comme toutes les productions culturelles, les séries ont été très lourdement impactées par la pandémie de la Covid-19. Les tournages ont été interrompus longuement et à plusieurs reprises pendant les vagues successives de contaminations. Des lancements ont dû être repoussés ou annulés. Certaines saisons diffusées au premier semestre 2020 ont été amputées de leurs derniers épisodes. Les nouvelles saisons ont dû être décalées et parfois largement réécrites. Les masques destinés aux tournages des séries médicales ont été donnés aux hôpitaux. Des acteurs et des membres du staff ont été atteints par le virus et des épisodes sont dédiés à la mémoire de ceux qui en sont morts.

Beaucoup de séries très populaires comme The Good Doctor ou This Is Us ont intégré la pandémie dans leur histoire. Si pour une série médicale cela peut paraître pertinent, c’est plus étonnant pour une comédie dramatique. Certains déplorent que la Covid-19 devienne un personnage de leurs séries préférées, car ils considèrent qu’elles doivent nous faire oublier notre quotidien, pas nous le rappeler, surtout quand il est pénible et parfois tragique. D’autres considèrent qu’il serait inimaginable pour les séries les plus populaires de faire comme si cette crise mondiale historique dans laquelle leur public est plongé n’existait pas.https://www.youtube.com/embed/XdA3I5oDRBQ?wmode=transparent&start=0Comment les séries ont intégré la pandémie dans leurs scénarios.

Des soignants héroïques

Le premier épisode de la saison 17 de Grey’s Anatomy commence par un monologue de l’héroïne, Meredith Grey, chef du département chirurgie d’un hôpital de Seattle. Elle explique que les jeunes chirurgiens suivent une formation qui s’appelle « l’éthique du désastre » au cours de laquelle ils définissent ce qu’ils feraient si l’inimaginable se produit. Elle se fait la réflexion que cette formation aux soins médicaux en situation de catastrophe est très imparfaite, car on ne peut pas réaliser comment on va réagir face au pire, quand on est submergé par la vague d’une pandémie comme celle de la Covid-19.

L’héroïne, d’abord présentée luttant contre la pandémie, se retrouve ensuite infectée par le virus et victime de sa forme grave dans le troisième épisode. Alors que des centaines de soignants sont morts de la maladie aux États-Unis, et que des dizaines de milliers d’autres ont été contaminés, Grey’s Anatomy choisit de sensibiliser les spectateurs en montrant ce personnage qu’ils affectionnent épuisé par le travail, puis très malade, afin qu’ils réalisent la situation extrême dans laquelle ces soignants se trouvent depuis des mois.

De la même manière, les premiers épisodes de toutes les autres séries médicales les plus populaires comme The Good Doctor (San José, Californie), New Amsterdam (New York, New York), et The Resident (Atlanta, Géorgie), montrent les héros combattre par tous les moyens la crise sanitaire. Cet accès aux coulisses est à la fois pédagogique et effroyable. Les soignants ont des doubles masques avec parfois des visières en plus ainsi que des charlottes sur la tête. Comme on ne voit plus leur visage, ils portent une photo d’eux-mêmes sur la poitrine pour pouvoir être reconnus et rassurer les patients.https://www.youtube.com/embed/HyRiC3cdoHE?wmode=transparent&start=0Les 5 premières minutes du premier épisode de la saison 5 de New Amsterdam montrent la lutte acharnée des soignants contre le virus.

Le personnel médical est exténué, confronté à une charge de travail incommensurable, à des sollicitations innombrables et à un niveau de stress accablant. Dans le premier épisode de la troisième saison de New Amsterdam diffusé le 2 mars 2021 sur NBC, les soignants titubent de fatigue. Ils ont des cernes et des marques rouges sur le visage. Dans The Resident et Grey’s Anatomy, ils sont applaudis et célébrés comme des héros à la sortie de leur travail. Cependant, ils sont stigmatisés dans leurs lieux de résidence où les gens évitent de croiser leur chemin ou de prendre le même ascenseur, comme dans The Good Doctor.

Certains soignants font des sacrifices énormes. Ils ne sont pas rentrés chez eux depuis des semaines et ne s’arrêtent de travailler que pour dormir à l’hôpital, dans leur voiture ou dans leur garage aménagé. Ils s’isolent de leur famille pendant des mois pour ne pas prendre le risque de les contaminer. Ils sont déprimés et découragés de voir des gens mourir tous les jours, de se sentir impuissants face à la gravité et à l’ampleur de la crise dont ils ne voient pas la fin, de manquer de tout, ainsi que de la mort de certains collègues qui ont perdu la vie en essayant de sauver les autres. Ces épreuves ne manqueront pas d’avoir des conséquences psychologiques profondes et durables.

Des pénuries critiques

L’optimisation progressive des chaînes logistiques a conduit les hôpitaux à fonctionner en flux tendus avec très peu de stocks et des livraisons régulières de médicaments, de matériels et d’équipements de protection depuis l’Asie, et surtout la Chine. Cependant, ce pays étant le premier touché par la pandémie, la production a été interrompue et les flux réorientés pour un usage interne. Les pénuries se sont donc multipliées en occident, où les gouvernements sont prêts à payer des fortunes pour des produits habituellement bon marché.

Dans The Resident, une infirmière explique avoir passé cinq jours avec le même masque FFP2. Il manque des blouses, des gants, des écouvillons… La détresse est totale. Dans New Amsterdam, la situation est similaire, avec des protections utilisées plusieurs jours et plusieurs nuits qui deviennent inefficaces et conduisent à des contaminations de soignants. Dans The Good Doctor, les médecins ont accès à 25 tests par jour, ce qui est clairement dérisoire vu l’ampleur de la crise.https://www.youtube.com/embed/vt3JctU-tmE?wmode=transparent&start=0Dans The Resident, le PDG du Chastain Park Memorial Hospital paie une fortune pour une cargaison de protections individuelles.

Les pénuries sont illustrées par les appels de Max Goodwin, Directeur de l’hôpital New Amsterdam de New York, aux autres hôpitaux de la ville pour trouver de l’anesthésique (Propofol) dans le premier épisode. Il apprendra ainsi que certains manquent d’antibiotiques (Métronidazole), d’antiviral (Aciclovir), d’appareils pour mesurer la saturation en oxygène du sang (oxymètres de pouls), de respirateurs et de tubulure. Dans l’épisode 5, c’est le sang qui est en rupture de stock, et la psychose ambiante n’aide pas à en collecter.

Des victimes au sort dramatique

Dès les premières minutes de la nouvelle saison de New Amsterdam, on voit que les malades qui sont hospitalisés ne peuvent pas recevoir de visites. Ils communiquent avec leurs proches uniquement via des smartphones et des tablettes. Quand ils sont mis dans le coma sous respirateur artificiel, ils sont très angoissés car ils ne savent pas s’ils vont un jour reprendre conscience. Parfois ils meurent très soudainement, seuls ou en visioconférence. La morgue est remplie de cadavres et une extension a dû être installée dans un camion frigorifique. Les opérations chirurgicales urgentes repoussées parfois trop tard ajoutent des victimes collatérales au virus.https://www.youtube.com/embed/MGdi_Dh1BzA?wmode=transparent&start=0Les patients meurent du Covid-19 loin de leurs proches dans The Good Doctor.

The Good Doctor montre des patients très divers, de tous âges, profils socio-économiques, types de morphologies… Tout le monde peut être contaminé et peut finir à l’hôpital. Si les cas les plus graves sont principalement des personnes avec des comorbidités, obèses, âgées, afro-américaines, les séries montrent aussi des personnes jeunes et en pleine santé avec des symptômes effrayants. Comme les malades ont peur des hôpitaux et qu’on leur dit de rester chez eux tant qu’ils n’ont pas de symptômes graves, ils arrivent souvent trop tard. On voit également des personnes très sérieusement atteintes sortir de réanimation et survivre, ce qui donne de l’espoir.

Une crise sociétale et économique historique

Les séries médicales se focalisent sur les aspects sanitaires, mais en montrent aussi les conséquences sociétales et économiques. Au début de The Good Doctor, une personne éternue et pulvérise des germes dans une cafétéria. En payant, elle contamine la caissière avec le billet qu’elle lui tend. Cette scène montre les deux principaux modes de contamination, par aérosol et par le toucher, et la justification des deux principaux modes de protection : le port du masque et le lavage fréquent des mains.

Dans The Resident, les chirurgiens réalisent que les infirmières ne sont pas assez payées par rapport aux dangers qu’elles prennent et à leur engagement dans la lutte contre la pandémie. La série dénonce aussi le comportement de certaines personnes qui ne respectent pas les gestes barrières et se montrent agressives quand on leur demande de le faire. Dans Grey’s Anatomy, un patient refuse d’avoir un médecin chinois. Dans New Amsterdam, une docteure asiatique se fait cracher dessus dans la rue. Si ce phénomène sinophobe n’est pas nouveau, il s’est intensifié avec la pandémie et les propos répétés de Donald Trump sur « le virus chinois ».

D’autres séries dramatiques ou humoristiques montrent que le virus est partout et impacte de nombreux aspects de la vie quotidienne. Dès que quelqu’un tousse ou a de la fièvre, c’est la panique générale. Le virus rend fou, et tout semble anormal, bizarre ou dangereux : les comportements individuels, les relations sociales, les lieux comme les restaurants, les cinémas, les boutiques, les pratiques comme faire ses courses ou faire du sport. Dans sa sixième saison, la série comique Superstore tourne en dérision l’étrangeté de la vie pendant la pandémie avec des scènes où les gens ne savent pas comment mesurer la distance qui les séparent, se battent pour du papier toilette, se lavent frénétiquement les mains, ou deviennent complètement paranoïaques et hypocondriaques.https://www.youtube.com/embed/wGfuLCI9BOs?wmode=transparent&start=0Dans le premier épisode de la saison 6 de Superstore, les clients d’un supermarché dévalisent les rayons des produits « essentiels ».

La Covid-19 est également omniprésente dans la troisième saison de la série The Conners qui combine des éléments à la fois comiques et tragiques pour illustrer la façon dont l’Amérique profonde fait face à la crise. Dan Conner, le patriarche, risque de perdre la maison familiale car ses chantiers sont annulés, donc il ne peut plus payer la banque. Jackie Harris, la tante excentrique, fait des livraisons à vélo pour maintenir son restaurant à flot. Darlene et Becky, les deux filles de Dan, doivent trouver un nouvel emploi et se retrouvent à travailler à la chaîne dans une usine avec une visière et un masque, ce qui est infernal pour elles.

Mark, le petit-fils adolescent, porte un masque en permanence, même à la maison. Il prend la température de tous ceux qui y entrent, les asperge de gel hydroalcoolique et surveille que chacun respecte la distanciation sociale. Il essaie de suivre sérieusement ses cours en ligne, mais il est sans cesse perturbé par sa famille que son comportement inquiète et agace. La série évoque aussi la désinformation, l’angoisse permanente, la politisation de la pandémie et le manque de perspectives face à un avenir incertain.https://www.youtube.com/embed/_H_-5wwBmFM?wmode=transparent&start=0La saison 3 de la série The Conners montre certaines des conséquences sociétales et économiques de la pandémie.

Si beaucoup de séries ont intégré la Covid-19 dans certains épisodes ou dans une saison entière, la pandémie a aussi inspiré la création de nouvelles miniséries qui lui sont entièrement consacrées. C’est le cas de Love in the Time of Corona qui raconte la vie de plusieurs couples confinés. Sur Netflix, Social Distance décrit de manière très réaliste la numérisation de la vie sociale et ses conséquences. Une autre minisérie intitulée This Sceptred Isle va raconter la gestion de la pandémie par le Premier Ministre britannique Boris Johnson interprété par Sir Kenneth Branagh. Nul doute que la Covid-19 continuera d’inspirer scénaristes et réalisateurs dans les prochaines années.

Sauvetage d’Air France : les contreparties vont-elles compromettre le redécollage de la compagnie ?

  1. Julien PillotEnseignant-Chercheur en Economie et Stratégie (Inseec U.) / Pr. et Chercheur associé (U. Paris Saclay), INSEEC Grande École
  2. Frédéric MartyChargé de recherche CNRS, Centre national de la recherche scientifique (CNRS)
  3. Sarah GuillouDirectrice, département Innovation et concurrence à l’OFCE, Sciences Po
Sciences Po
INSEEC Business School
INSEEC U.

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La crise a coûté une perte d’exploitation de 4,5 milliards d’euros à la compagnie aérienne en 2020. Shutterstock

Avec un trafic de passagers réduit de deux tiers pour la seule année 2020, les compagnies aériennes paient un lourd tribut à la crise de Covid-19.

Lestées de coûts fixes importants, ces dernières subissent de plein fouet un effet de ciseau qui les pousse à se tourner vers la puissance publique pour éviter des plans sociaux massifs, voire des faillites en cascade touchant l’ensemble de l’écosystème du transport aérien.

Or, de telles aides d’État n’ont rien d’automatique : au plan national, elles engagent la participation des pouvoirs publics au système productif, engagement qui est réglementé.

En outre, accordées unilatéralement et sans la moindre contrepartie, elles seraient de nature à fausser le jeu de la concurrence dont la Commission européenne est la gardienne. Elles font donc l’objet d’un encadrement strict au titre de l’article 107 du Traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE).

La mécanique du plan de soutien

C’est dans le contexte d’une version assouplie (en raison de la crise) de ce cadre, que la Commission européenne a accepté, le 6 avril 2021, le projet de recapitalisation d’Air France par le gouvernement de Jean Castex. Dans le détail, ce projet vise la transformation d’une partie du prêt accordé l’an dernier à la compagnie aérienne pour faire face à la première vague de Covid-19, en quasi-fonds propres.

Le projet de recapitalisation d’Air France du gouvernement de Jean Castex a été accepté par la Commission européenne début avril. Ludovic Marin/AFP

Les 7 milliards d’euros alors obtenus par la compagnie se divisaient en 4 milliards au titre des prêts garantis par l’État (PGE) et en 3 milliards d’un prêt d’actionnaire. Le projet du gouvernement était de transformer ce second prêt, dont le remboursement devait se faire sous trois ans, en obligations hybrides.

Ce montage a deux avantages pour la compagnie. Le premier est que ces obligations pourront être remboursées à plus long terme ; le second est qu’elles sont considérées non plus comme de la dette mais comme des quasi-fonds propres. Le remboursement est conditionné aux résultats, ce qui rapproche en effet ces fonds des fonds propres stricto sensu.

Cette transformation déplace la dette (qui n’en est plus, au sens strict) en haut du bilan, ce qui en diminue l’exigibilité. L’amélioration des ratios financiers qui en découle permettra à Air France de se financer plus facilement (et moins coûteusement) sur les marchés.

Outre les 3 milliards d’euros de prêts transformés en quasi-fonds propres, le plan de soutien prévoit une augmentation de capital de 1 milliard d’euros dont la souscription sera ouverte aux actionnaires et au public. L’État ne devra pas augmenter sa part au-delà de 25 % et s’engage à se retirer d’ici 6 ans. Y sont associées des règles de gouvernance strictes en matière de rémunération des actionnaires.

Une recapitalisation vitale

Or, l’accès à de nouveaux financements reste vital pour la compagnie nationale. La crise lui a coûté une perte d’exploitation de 4,5 milliards d’euros en 2020 et elle anticipe une perte de 2 milliards en 2021. Le groupe Air France-KLM est endetté à hauteur de 11 milliards d’euros en 2020, son résultat est de – 7 milliards d’euros alors que sa capitalisation ne dépasse pas le milliard d’euros.

Cependant, il faut se rappeler que la compagnie a joué un rôle clé durant la pandémie, que ce soit en matière de fret pour les matériels sanitaires ou de rapatriements de nos concitoyens français et européens dans des conditions qui ont été saluées par la Cour des Comptes.

Hors ces conditions exceptionnelles, il s’agit d’abord de préserver l’un des acteurs clés de l’aménagement et la connectivité des territoires, comme il l’a encore été récemment rappelé au Sénat.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Julien_Pillot&dnt=false&embedId=twitter-widget-0&features=eyJ0ZndfZXhwZXJpbWVudHNfY29va2llX2V4cGlyYXRpb24iOnsiYnVja2V0IjoxMjA5NjAwLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X2hvcml6b25fdHdlZXRfZW1iZWRfOTU1NSI6eyJidWNrZXQiOiJodGUiLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfX0%3D&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1369745867914240010&lang=en&origin=https%3A%2F%2Ftheconversation.com%2Fsauvetage-dair-france-les-contreparties-vont-elles-compromettre-le-redecollage-de-la-compagnie-158797&sessionId=9487f2379e1d32083250f45889df481c8557eb56&siteScreenName=FR_Conversation&theme=light&widgetsVersion=1ead0c7%3A1617660954974&width=550px

D’autant qu’Air France, par ses commandes et son activité, est aussi un relais privilégié de la filière aéronautique, de la construction et la maintenance aéronautique à l’exploitation des infrastructures aéroportuaires, notamment à l’heure où l’effondrement du trafic aérien met à mal l’équilibre des contrats de concession.

Sans omettre l’impulsion qu’Air France peut jouer en matière de verdissement des flottes. Dans ce schéma, la compagnie aérienne est un acteur moteur qu’il s’agit donc de préserver « quoi qu’il en coûte ».

Au-delà, le soutien apporté à Air France doit lui permettre de financer son adaptation à son nouvel environnement concurrentiel. Il s’agit en effet de faire face à la montée en puissance de compagnies à bas coûts, lesquelles sont de moins en moins cantonnées à une clientèle loisir mais sont des concurrentes de plus en plus sérieuses sur les lignes province – Paris.

Sur ces lignes, les compagnies à bas coût doivent récupérer des slots, ces si convoités droits d’usage (créneaux) à quantité limitée autorisant les compagnies à atterrir et décoller à partir des aéroports visés. Air France, tout comme l’ensemble des compagnies historiques européennes, semble condamnée à accélérer le développement de leurs offres complémentaires à bas coûts pour faire face à ces concurrents de plus en plus dangereux.

La guerre des slots

Aussi vital soit-il pour Air France (et l’écosystème auquel la compagnie appartient), un tel projet de recapitalisation pourrait fausser le jeu de la concurrence. C’est pourquoi la Commission européenne, au terme d’un examen, s’assure que les aides d’État soient nécessaires et proportionnées et que les distorsions concurrentielles qui pourraient en résulter soient compensées par des mesures permettant de renforcer la concurrence.

Ainsi, tout comme la Lufthansa avait dû, en juin 2020, abandonner à ses concurrents 24 slots quotidiens pour ses hubs de Francfort et de Munich (aéroports stratégiques situés au cœur du réseau en étoile des opérateurs aériens, jouant le rôle de carrefour de dessertes), Air France est enjointe par la Commission européenne à céder au moins 18 slots de décollage à l’aéroport de Paris-Orly.

Si la Commission est prompte à exiger des opérateurs historiques qu’ils cèdent des slots en contrepartie des aides reçues, c’est qu’elle n’ignore rien de leur caractère stratégique. En effet, les compagnies aériennes peuvent reporter d’une année à l’autre leurs slots dans un aéroport donné dès lors qu’elles en ont utilisé plus de 80 % l’année précédente.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Julien_Pillot&dnt=false&embedId=twitter-widget-1&features=eyJ0ZndfZXhwZXJpbWVudHNfY29va2llX2V4cGlyYXRpb24iOnsiYnVja2V0IjoxMjA5NjAwLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X2hvcml6b25fdHdlZXRfZW1iZWRfOTU1NSI6eyJidWNrZXQiOiJodGUiLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfX0%3D&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1241845835673067520&lang=en&origin=https%3A%2F%2Ftheconversation.com%2Fsauvetage-dair-france-les-contreparties-vont-elles-compromettre-le-redecollage-de-la-compagnie-158797&sessionId=9487f2379e1d32083250f45889df481c8557eb56&siteScreenName=FR_Conversation&theme=light&widgetsVersion=1ead0c7%3A1617660954974&width=550px

Cette pratique, appelée la « règle du grand-père » (aménagée encore du fait de la crise de la Covid-19 pour éviter de faire voler des appareils avec de très faibles taux de remplissage), avantage indubitablement les opérateurs historiques vis-à-vis des nouveaux entrants puisque, naturellement, elles en disposent en plus grande quantité, dans des aéroports de premier plan, et sur des créneaux horaires plus stratégiques. Ces slots sont donc vus par la Commission européenne comme une barrière à l’expansion des concurrents, notamment des opérateurs à bas coûts.

Nouvelles concurrences (dé)loyales

Les néo-compagnies, nous l’avons souligné, sont désormais de redoutables concurrents aux compagnies historiques aux structures de coûts nettement plus lourdes et moins flexibles. Elles peuvent être vues comme une réelle réussite de la libéralisation sectorielle initiée par la Commission.

Mais leur capacité à concurrencer encore plus les opérateurs historiques est freinée par le contrôle que ces derniers exercent sur les slots des aéroports stratégiques. Ces précieux slots pourraient leur permettre de prendre encore des parts de marché aux acteurs historiques, via le développement de nouveaux services de correspondance et du self-connecting.

Car l’idée selon laquelle les compagnies à bas coûts se limiteraient à des liaisons point à point pour une clientèle loisir est peu à peu démentie par les faits. Il n’y a pas une segmentation du marché mais, au contraire, un mouvement de montée en gamme de certaines compagnies à bas coûts et une nécessaire réinvention du modèle économique des opérateurs historiques pour défendre leur présence sur le court et moyen-courrier.

Or, la défense de ce modèle économique repose sur ces fameux slots qui leur permettent d’alimenter leurs vols long-courriers (souvent rentables) depuis des hubs alimentés par des lignes radiales (parfois déficitaires).

Se dessine alors un schéma concurrentiel particulièrement défavorable aux compagnies historiques. Sur le segment du long courrier, elles s’opposent à des compagnies bénéficiant de soutiens étatiques parfois massifs. Sur le segment des courts et moyens courriers, le caractère loyal de la concurrence que leur opposent les compagnies à bas coûts peut également être questionné.

D’un côté, l’émergence de ces compagnies a profité aux consommateurs européens. Leur croissance vient en grande partie de leur performance économique : un modèle de minimisation des coûts, une gestion des flux passagers optimisée et une flotte homogène exploitée de la façon la plus efficace possible. Le succès des nouveaux entrants comme Ryanair et EasyJet est indubitable. Leur émergence apparaît comme l’un des effets de la politique de concurrence.

L’émergence des compagnies à bas coûts comme Ryanair et EasyJet a profité aux consommateurs européens. Shutterstock

De l’autre, la croissance de ces compagnies peut aussi s’expliquer par des aides versées par des gestionnaires d’aéroports dits périphériques, mais aussi par des mesures de dumping fiscal et social… au sein même de l’Union européenne ! Difficile, dans ces conditions, de prétendre que l’expansion des compagnies à bas coûts n’est que le fruit de leurs mérites et que la concurrence intra et extra européenne se soit toujours jouée « à égalité des armes ».

Contreparties paradoxales

C’est pourtant au titre de la préservation d’une concurrence libre et non faussée que la Commission européenne exige des opérateurs historiques qu’ils cèdent des slots en contrepartie des aides d’État qu’ils reçoivent.

Pointe alors un curieux paradoxe, souligné dans un récent Policy brief de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : les contreparties exigées par la Commission européenne ne sont-elles pas de nature à affaiblir les perspectives de reprise de l’activité d’Air France (et donc sa capacité même à redéfinir son modèle économique), qui pourtant est la finalité même de la mesure de soutien public ?

Le compromis obtenu sur les contreparties n’est donc pas une concession par rapport à l’application des règles de concurrence mais un équilibre entre l’ouverture du marché, le maintien des chances de restructuration de l’opérateur historique et la prise en compte d’avantages symétriques dont bénéficient les nouveaux entrants.

Autrement dit, pour la Commission européenne, il s’agit donc d’arbitrer entre le renforcement de la concurrence, au bénéfice des consommateurs, et la préservation des opérateurs historiques qui jouent, nous l’avons vu, un rôle d’entraînement économique majeur.

Le nombre présumément inférieur de slots qu’Air France devra céder par rapport à ce que l’Allemagne a dû accepter (18 contre 24) témoigne d’ailleurs de la recherche d’une voie d’équilibre entre contreparties concurrentielles et préservation des chances de succès de la restructuration d’Air France, dans un contexte où la crise de la Covid-19 a exacerbé ses difficultés structurelles préexistantes.

Une restructuration qui se ferait au prix de l’affaiblissement concurrentiel inexorable de la compagnie induirait le risque de devoir la soutenir dans le futur de façon récurrente ou de l’abandonner et avec elle les milliards injectés. Et personne n’a intérêt à ce qu’Air France s’enlise dans une spirale d’attrition comparable à celle d’Alitalia.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?creatorScreenName=Julien_Pillot&dnt=false&embedId=twitter-widget-2&features=eyJ0ZndfZXhwZXJpbWVudHNfY29va2llX2V4cGlyYXRpb24iOnsiYnVja2V0IjoxMjA5NjAwLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfSwidGZ3X2hvcml6b25fdHdlZXRfZW1iZWRfOTU1NSI6eyJidWNrZXQiOiJodGUiLCJ2ZXJzaW9uIjpudWxsfX0%3D&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1260291791548567553&lang=en&origin=https%3A%2F%2Ftheconversation.com%2Fsauvetage-dair-france-les-contreparties-vont-elles-compromettre-le-redecollage-de-la-compagnie-158797&sessionId=9487f2379e1d32083250f45889df481c8557eb56&siteScreenName=FR_Conversation&theme=light&widgetsVersion=1ead0c7%3A1617660954974&width=550px

La disparition d’Air France, dont la situation est aujourd’hui extrêmement fragile, ferait partir avec elle non seulement des emplois mais une entreprise de services expérimentée et un levier de la politique territoriale et environnementale du gouvernement. En outre, la concurrence en serait grandement affectée.

La décision de la Commission fera sans doute l’objet de recours de la part d’opérateurs à bas coûts à l’instar de ceux qui avaient été vainement engagés contre les programmes de soutien autorisés par la Commission au printemps 2020. La balance d’intérêts antagonistes pèse sur les instances européennes qui doivent réaliser un difficile arbitrage entre intérêts de court terme et intérêts de long terme, entre principes et réalisme.

Publicité : une tolérance de plus en plus grande au greenwashing en France ?

  1. Mathieu JahnichChercheur-consultant indépendant – Marketing, communication et transition écologique, Sciences Po

Mathieu Jahnich a reçu des financements de l’Ademe.

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Employer l’argument écologique à tort et à travers met à mal la confiance entre consommateurs et entreprises. Shutterstock

L’année 2020 a été marquée par la publication de plusieurs rapports et études qui soulignent l’impact négatif des marques sur l’environnement ; ils prônent des changements profonds dans l’offre des entreprises, dans l’information des consommateurs et dans la régulation de la communication et la publicité.

Au centre du dispositif d’autorégulation français se trouve l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) et des instances qui y sont rattachées, comme le Jury de déontologie publicitaire (JDP).

Leur rôle est de définir les règles déontologiques et de veiller à leur bonne application par l’ensemble des acteurs de la filière publicité (annonceurs privés et publics, agences conseils, diffuseurs, free-lance…), avant et après diffusion, que ce soit à la télévision, dans la presse, en affichage, sur les réseaux sociaux ou encore en vitrine d’un magasin.

Tous les arguments publicitaires écologiques ou les allégations qui font référence aux enjeux de transition écologique doivent, en théorie, respecter ces règles, rassemblées dans la « Recommandation développement durable » de l’ARPP.

Dans les faits, plus de 11 % des publicités environnementales ne sont pas conformes, comme le montre le dernier bilan « Publicité et environnement », réalisé conjointement par l’Ademe et l’ARPP et publié en septembre 2020.

C’est le taux le plus élevé depuis 10 ans et significativement supérieur aux autres thématiques (0,2 % de non-conformité pour les comportements alimentaires ou l’image et le respect de la personne, par exemple).

Un assouplissement inquiétant

En cas de suspicion de greenwashing pour une publicité, n’importe quel individu, association ou institution peut saisir le Jury de déontologie publicitaire. C’est ce que je m’efforce de faire régulièrement : 32 plaintes déposées depuis 2019, 22 jugées fondées, 4 infondées, 1 irrecevable, 5 en cours de traitement. Cela me permet de pointer du doigt certaines pratiques irresponsables et de nourrir mes travaux de recherche sur la régulation publicitaire en France.

Je constate que plusieurs décisions prises par le Jury ces dernières semaines traduisent un assouplissement dans l’interprétation des règles déontologiques.

Cette bascule de la jurisprudence est inquiétante parce qu’elle laisse une plus grande marge de manœuvre aux marques pour exploiter l’argument écologique de manière disproportionnée, au détriment de l’information du consommateur et de la lutte contre les grands enjeux comme le dérèglement climatique.

Revenons sur ces avis récents en trois cas emblématiques.

Cas n°1 : un véhicule roulant à l’hydrogène

L’annonceur est un équipementier automobile qui a investi massivement dans la filière hydrogène. Le visuel publicitaire présente un verre d’eau sur fond bleu avec le message « Voilà tout ce qu’on rejette en roulant à l’hydrogène ».

De mon point de vue, cette allégation induit le public en erreur sur la réalité des impacts de la technologie hydrogène et contrevient au point 3 de la recommandation développement durable de l’ARPP :

« Le message publicitaire doit être proportionné […] aux propriétés du produit dont il fait la promotion. […] Le message publicitaire ne saurait suggérer indûment une absence totale d’impact négatif. »

J’ai donc signalé cette publicité au JDP. Le président a jugé la plainte infondée, au motif que « la formulation choisie indique bien que c’est précisément en phase de roulage que les rejets se limitent à de l’eau. »

Pourtant, la mention « en roulant » n’est pas synonyme de « en phase de roulage », elle a une acception beaucoup plus large. D’ailleurs, dans la publicité, l’annonceur promeut sa « solution hydrogène globale », qui concerne les différentes phases de fabrication, de stockage et d’usage de l’hydrogène, qui ont des impacts environnementaux non négligeables.

Publicité de l’équipementier automobile français Plastic Omnium. Plastic Omnium

De surcroît, si on adopte la logique du JDP, des slogans publicitaires comme « Manger de la viande ne contribue pas au changement climatique » et « En buvant cette eau en bouteille, je ne produis pas de déchets plastiques » seraient conformes aux règles déontologiques ! C’est absurde évidemment, une grande partie des impacts liés aux produits que nous consommons proviennent des phases d’extraction des matières premières, de fabrication, de transport, de fin de vie…

J’ai contesté la décision et le président du JDP a décidé de soumettre cette publicité en séance plénière, le 7 mai prochain. L’avis sera publié début juin. Nous verrons s’il confirme ou non la première lecture qui en avait été faite.

Cas n°2 : un produit « écoresponsable »

Une société française fabrique et commercialise des caches pour webcam, nommés « cache-cams ». La publicité, diffusée sur Internet, présente plusieurs modèles de caches disposés sur un décor de feuillage stylisé avec l’accroche « Le cadeau d’entreprise utile, original et écoresponsable ».

L’argument écologique « écoresponsable » est repris sur le site web de la marque avec un pictogramme d’une Terre entourée d’une tige et de deux feuilles vertes et la précision que les produits sont fabriqués « à partir d’amidon de maïs ».

J’ai à nouveau saisi le JDP au motif que l’allégation globalisante « écoresponsable », renforcée par le visuel, est disproportionnée et peut induire en erreur les acheteurs sur le réel impact et les qualités environnementales de ces produits.

Le Jury a rejeté ma plainte. Il considère que ni l’allégation critiquée, ni le visuel en cause ne présentent un caractère disproportionné au regard des qualités revendiquées du produit et de l’impact environnemental de l’activité de l’annonceur, et qu’ils ne sont pas susceptibles d’induire en erreur le public.

Sans entrer dans l’analyse technique de la performance environnementale de l’amidon de maïs, il apparaît que cet avis du JDP se positionne en opposition avec la jurisprudence en vigueur.

En effet, dans le bilan 2019 « Publicité et environnement » ADEME-ARPP, les visuels publicitaires utilisant un argument globalisant tel que « écologique », « responsable », « écoresponsable », « durable » sont systématiquement classés comme non conformes à la Recommandation DD, même lorsque le produit présente de réelles qualités environnementales, attestées par un écolabel.

Pourquoi en serait-il autrement des caches pour webcam ?

J’ai saisi le réviseur de la déontologie publicitaire. Ma demande a été jugée recevable et une nouvelle procédure a été lancée. Nous saurons dans quelques semaines si le premier jugement est confirmé en appel.

Cas n°3 : un produit « 100 % naturel »

Ce troisième cas porte sur l’affirmation de naturalité d’un produit, en l’occurrence un sirop contre la toux. J’avais saisi le JDP pour dénoncer l’utilisation d’un logo vert représentant une feuille et accompagné du terme « naturel », positionné sur le visuel publicitaire, à côté d’une photo du produit et de son emballage.

Cette plainte a également été jugée infondée, le Jury estimant que cette présentation « est justifiée par les ingrédients naturels composant le produit […] par une mention en bas de la publicité “à l’extrait sec de guimauve et au miel naturels” [et] par la reproduction du conditionnement qui fait apparaître des fleurs de guimauve et du miel ».

Il ajoute qu’« eu égard à la taille du logo, rapportée à celle de l’affiche, cet élément visuel n’apparaît pas disproportionné au regard de l’argument écologique » et qu’il « n’apparaît pas susceptible d’introduire une confusion avec d’autres logos officiels ».

Cet avis est contraire à la jurisprudence en vigueur. Dans le même bilan 2019 « Publicité et environnement » ADEME-ARPP, plusieurs publicités utilisant des logos similaires ont été classées comme non conformes aux règles déontologiques.

J’ajoute que dans un précédent bilan « Publicité et environnement » (celui de 2015), l’Ademe alertait sur la multiplication des pictogrammes et logos autodéclarés et sur leur double impact négatif (difficulté pour le consommateur de s’y retrouver ; difficulté pour les entreprises véritablement engagées dans une démarche durable de se démarquer).

Cette question des logos et pictogrammes ne devrait donc pas être prise à la légère par le JDP. Je n’ai malheureusement pas eu le temps de saisir le réviseur dans les délais impartis et cet avis est donc définitif.

À gauche, le logo de la publicité jugée conforme en 2021 ; à droite celui jugé non-conforme en 2019. Mathieu Jahnich, CC BY-NC-ND

L’argument écologique à tort et à travers

L’analyse de ces trois cas dessine une tendance : une bascule de la jurisprudence dans le sens d’une interprétation plus lâche de la recommandation Développement durable de l’ARPP. C’est un signal envoyé aux annonceurs et à leurs agences qui vont se sentir plus libres d’utiliser l’argument écologique à tort et à travers.

Rappelons que le greenwashing contribue à la perte de confiance entre les consommateurs et les entreprises, qu’il est un frein au déploiement de véritables éco-innovations et qu’il sème la confusion dans l’esprit du public sur la réalité des efforts à entreprendre et bloque la transition écologique.

Alors que la sensibilité des Français sur les questions environnementales est toujours aussi élevée (au 2e rang des préoccupations fin 2020), que le projet de loi issu des propositions de la Convention citoyenne pour le climat – qui vise notamment à durcir l’encadrement et la régulation de la publicité – entre en discussion au Parlement, que la pression n’a jamais été aussi forte sur la filière publicité-communication quant à son engagement pour la transition écologique, cet assouplissement dans l’interprétation des règles déontologiques est regrettable.

Comment l’exercice physique maintient notre cerveau en bonne santé et nous protège contre la dépression ou l’anxiété

  1. Arash Javanbakht Arash Javanbakht est un·e adhérent·e de The ConversationAssociate Professor of Psychiatry, Wayne State University
Wayne State University

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En tant que psychiatre et neuroscientifique, j’étudie la neurobiologie de l’anxiété et la façon dont certaines interventions modifient le cerveau.

Voici quelques années en arrière, lorsque je recommandais à mes patients une activité physique, je n’y voyais rien d’autre qu’une tâche de médecin comme une autre, à l’image de nombreux praticiens. Il faut dire que je n’étais moi-même pas très actif. Les choses ont changé peu à peu : j’ai commencé à pratiquer la boxe, à faire davantage d’exercice, et j’ai fait l’expérience directe de ses effets positifs sur mon propre esprit. J’ai également commencé à faire des recherches sur les effets des thérapies par la danse et le mouvement sur les traumatismes et l’anxiété chez les enfants réfugiés, ce qui m’a permis d’en apprendre beaucoup sur la neurobiologie de l’exercice.

Peu à peu, j’ai commencé à considérer que prescrire à mes patients de l’activité physique n’est finalement pas très différent d’une prescription médicamenteuse : en réalité, je leur prescris leurs « pilules d’exercice ». Mes patients ont désormais conscience eux aussi de l’importance de l’activité physique, et presque tous s’engagent à s’y livrer à un certain niveau. J’ai pu en constater les améliorations qui en ont découlé dans leur vie quotidienne, y compris dans des domaines touchant à leurs moyens de subsistance.

Vous avez probablement déjà entendu parler de la façon dont l’exercice améliore les capacités musculo-squelettiques, cardiovasculaires, métaboliques, etc. Mais savez-vous ce qui se passe dans le cerveau ?https://www.youtube.com/embed/BHY0FxzoKZE?wmode=transparent&start=0Comment l’exercice améliore notre cerveau (sous-titre en français disponibles)

Biologie du cerveau et croissance

Faire de l’exercice régulièrement modifie la biologie du cerveau. On parle cependant d’activité physique régulière, pas simplement d’aller faire une promenade de temps en temps pour se sentir mieux. Le cardio, en particulier, a un véritable effet sur le cerveau, dont il modifie la structure. En effet, contrairement à ce que certains peuvent penser, le cerveau est un organe très « plastique » : de nouvelles connexions entre les cellules cérébrales, les neurones, se forment chaque jour, et de nouveaux neurones sont générés dans les régions cérébrales importantes. L’une de ces zones clé est l’hippocampe, qui joue un rôle dans l’apprentissage, la mémoire et la régulation des émotions négatives.


À lire aussi : Qu’est-ce que la plasticité cérébrale ?


Une molécule appelée facteur neurotrophique dérivé du cerveau (« Brain-Derived Neurotrophic Factor » ou BDNF) aide le cerveau à produire des neurones. Divers exercices d’aérobic et d’entraînement en intervalles de haute intensité (« high intensity interval training ») augmentent de manière significative les niveaux de BDNF. Les travaux de recherches menés sur des modèles animaux ont démontré que ces changements se situent au niveau épigénétique, ce qui signifie que ces activités affectent la façon dont les gènes sont exprimés, entraînant des changements dans les connexions et la fonction des neurones.

L’exercice physique modéré semble également avoir des effets anti-inflammatoires : il régulerait le système immunitaire et l’inflammation, évitant qu’elle ne soit excessive. Il s’agit d’un point important à souligner, car les nouvelles connaissances en neurosciences laissent soupçonner un rôle potentiel de l’inflammation dans l’anxiété et la dépression.

Enfin, il existe des preuves des effets positifs de l’exercice sur les neurotransmetteurs (des substances chimiques cérébrales qui sont transmettent les signaux entre les neurones), la dopamine et les endorphines. Or, ces deux dernières substances sont impliquées dans la bonne humeur et la motivation.

L’exercice améliore les symptômes cliniques d’anxiété et de dépression

Les chercheurs ont également examiné les effets de l’activité physique sur les fonctions cérébrales et les symptômes de dépression et d’anxiété. L’exercice améliore la fonction de mémorisation, les performances cognitives et les résultats scolaires. Des études suggèrent également que l’activité physique régulière a un effet modéré sur les symptômes de la dépression, pouvant même être comparable à celui de la psychothérapie. En ce qui concerne les troubles anxieux, cet effet réduit légèrement ou modérément les symptômes d’anxiété . Dans une étude que nous avons menée avec mes collaborateurs, nous avons constaté que des enfants réfugiés qui ont suivi huit à douze semaines de thérapies par la danse et le mouvement voyaient leurs symptômes d’anxiété et syndrome de stress post-traumatique significativement réduits.

Pour les personnes qui expérimentent des symptômes physiques de l’anxiété, l’exercice peut même potentiellement agir comme une désensibilisation. Cela s’explique par la similitude entre les effets corporels de l’exercice (en particulier de l’exercice à haute intensité) et ceux de l’anxiété, notamment l’essoufflement, les palpitations cardiaques et l’oppression thoracique. En outre, la diminution de la fréquence cardiaque de base qui résulte de la pratique d’une activité physique régulière pourrait être interprétée par le cerveau comme le signal d’un plus grand calme physique intérieur (ce qui diminuerait l’impression d’anxiété).

Il est important de noter que la majorité des études scientifiques ont analysé les effets de l’exercice de manière isolée et non en combinaison avec d’autres traitements connus pour leur efficacité contre l’anxiété ou la dépression clinique, tels que la psychothérapie et les médicaments. Je ne suggère pas ici que l’activité physique peut se substituer à ces nécessaires modes de prise en charge de la dépression ou de l’anxiété. En revanche, l’exercice peut compléter l’arsenal thérapeutique, tout comme il peut également être utilisé à des fins de prévention.

Deux hommes s’entraînent sur un pont de singe, en extérieur.
Nombreuses sont les personnes qui se sont mises à la gym en extérieur durant la pandémie. Richard Baker/In Pictures via Getty ImagesCC BY-SA

Les avantages de l’activité physique ne se limitent pas à ses effets neurobiologiques. En sortant marcher, on s’expose à la lumière du soleil, au grand air et à la nature. Au cours de ses promenades régulières, l’une de mes patientes s’est liée d’amitié avec un de ses voisins. Depuis, ils se retrouvent tous les mardis pour de délectables « Taco Tuesday ». De mon côté, je me suis fait des amis formidables à la salle de boxe. Ils me motivent et constituent tous ensemble un formidable réseau social de soutien. Chacun peut trouver son compte comme bon lui semble, qui choisissant de prendre un chien pour s’entraîner à la course, qui rencontrant son futur compagnon, qui profitant de l’énergie débordante du gymnase… L’exercice peut également être une façon de pratiquer la pleine conscience et de s’éloigner des facteurs de stress quotidiens, de tous nos appareils électroniques ou de la télévision.

Enfin, en améliorant notre forme physique et en nous donnant un surplus d’énergie, l’exercice peut aussi améliorer l’image que nous avons de nous-mêmes et notre estime de soi.

Conseils pratiques pour vie bien remplie

Concrètement, comment trouver le temps de faire de l’exercice, surtout avec toutes les contraintes de temps et les limitations supplémentaires imposées par la pandémie, qui a limité l’accès aux salles de sport ?

  • Choisissez une activité que vous aimez. Ce qui fonctionne pour l’un peut ne pas fonctionner pour l’autre. Nous ne sommes pas tous obligés de courir sur un tapis roulant (personnellement, je déteste ça). Essayez un ensemble d’activités variées et voyez laquelle vous préférez : course à pied, marche, danse, vélo, kayak, boxe, poids et haltères, natation… Pour éviter l’ennui, vous pouvez alterner entre plusieurs sports, ou en changer selon les saisons. Il n’est même pas forcément nécessaire de choisir un « sport ». Tout ce qui fait accélère votre rythme cardiaque peut faire l’affaire, même s’il s’agit de danser devant les publicités télévisées ou de jouer avec vos enfants ;
  • Utilisez à votre avantage la pression positive que peuvent exercer vos pairs. À 17h30, après une journée chargée à la clinique, j’ai parfois du mal à me motiver pour aller à la salle de sport, ou pour me consacrer à un entraînement en ligne (si vous rendre dans une salle de sport pendant la pandémie vous rebute, ce type d’entraînement est une alternative). J’ai donc mis en place sur la messagerie instantanée que j’utilise avec mes amis un groupe « salle de boxe ». Nous l’utilisons pour indiquer quand nous allons au gymnase, ce qui nous motive les uns les autres ;
  • Évitez de voir votre activité comme « tout ou rien ». Il ne s’agit pas de choisir entre faire une heure de voiture ou de vélo aller-retour afin de vous rendre à la salle de sport pour une heure d’exercice ou rester affalé sur votre sofa pendant toute la soirée… Comme je le dis toujours à mes patients : « un seul pas supplémentaire vaut mieux que rien, et trois squats valent mieux que pas de squat du tout ». Quand on est peu motivé ou que l’on débute, il faut prendre soin de soi. En faire autant que possible, mais sans exagérer. Danser trois minutes sur votre musique favorite compte aussi pour de l’exercice ;
  • Mélangez l’exercice avec d’autres activités : pendant que vous êtes au téléphone avec un ami, profitez-en pour faire un quart d’heure de marche. Même si vous tournez en rond autour de votre maison, cela reste de l’activité physique ;
  • Si vous hésitez à vous mettre en train, si vous manquez de motivation, posez-vous la question : « À quand remonte la dernière fois où j’ai regretté de m’être bougé ? » ;
  • Bien que l’activité physique aide à perdre du poids, il ne suffit pas à lui seul : il faut y adjoindre un régime alimentaire correct. Un gros brownie peut contenir plus de calories qu’une heure de course à pied ne permet d’en éliminer. Quoi qu’il en soit, même si vous ne perdez pas de poids, ne renoncez pas à l’activité physique : elle vous procure malgré tout tous les avantages dont nous venons de parler ! Enfin, même si vous ne vous sentez pas anxieux ou déprimé, prenez quand même vos pilules d’exercice : elles vous seront utiles pour protéger votre cerveau.

Deuxième article du dimanche : Histoire des moulins à Mirmande

(Suite de l’histoire des moulins=

Après les Wisigoths en 412, les Alains en 430, les Bourguignons viennent, en 460, se fixer dans le Valentinois et y fondent un royaume qui dure jusqu’au milieu du Ville siècle.

– En 476

la ville d’Arles tombe aux mains des Wisigoths.

– Vers 500

Les Burgondes aidés des Francs s’emparent de la basse Durance. Ils sont arrêtés en Arles par les Ostrogoths.

Théodoric, le roi des Ostrogoths, repousse les Burgondes au-delà de l’Isère et rétablit brièvement les institutions romaines.

– En 536 : Les Francs se font céder la Provence.

Pour les descendants de Clovis, la Provence n’a que l’intérêt du débouché Méditerranéen qu’offrent ses ports.

Démembrements et pillages lombards.

– A partir de 700

Relatives autonomies des comtes francs installés en Provence.

Les Sarrasins montent jusqu’à Lyon en passant par les Pyrénées, mais, arrêtés par Charles Martel en 732, ils se replient sur le Sud-ouest.

Les comtes provençaux s’insurgeant contre le pouvoir central, Charles Martel s’empare en 736 d’Arles et Marseille.

L’armée franque revient en 737 et massacre la quasi-totalité de la population d’Avignon. Le renfort des Lombards permet de chasser provisoirement les Sarrasins en 739.

La Septimanie est temporairement dominée par les Arabes, avant d’être conquise par Charlemagne, qui la nomme Marche de Gothie.

A la mort de Charlemagne, la Provence est attribuée à Lothaire.

– A partir de 838 Les Sarrasins reviennent et dévastent Marseille.
Arles est pillée en 842.

Des Normands passent en Méditerranée, envahissent la Camargue.

– En 843

Par le traité de Verdun, l’Empire de Charlemagne est divisé en trois souverains indépendants, la Provence est incluse dans la part de Lothaire*. Son royaume s’étend de l’actuelle Hollande au sud de l’Italie.
Le Rhône devient une frontière politique.

Tarascon, devient/de part sa position sur le Rhône, une zone frontalière stratégique.

– En 860 Les pirates normands pillent et ravagent la vallée du Rhône.

– En 1033 -Royaume de Bourgogne intégré au Saint Empire Romain Germanique.

Nouvelle période de prospérité, qui enrichit les villes: nouvelle population de bourgeois payant l’impôt en argent (non plus en corvées). Coches et barques circulent sur le Rhône.

Apparition des routiers et les aventuriers. Plusieurs de ces compagnies, de retour d’Italie, veulent traverser le Valentinois, mais le comte s’y oppose. Les routiers s’emparent de Châteauneuf et font prisonniers l’évêque de Valence, le prince d’Orange et le comte de Valentinois.

Aimery de Sévérac, chef des routiers, met le pays à rançon, et obtient le libre passage.

– En 1125 : -La partie sud de la Provence est donnée à la maison de Catalogne et la partie nord au Comte de Toulouse.

Le Comte Raimond VI de Toulouse, accusé de favoriser les Cathares, est ajourné à comparaître en personne devant le concile à Valence. Mais les croisés ne veulent pas poser les armes. Il est excommunié. Simon de Montfort accourt mais le comte Aymar, qui commande les révoltés, le contraint à se retirer.

Le concile de Latran laisse à Raimond VI la jouissance de ces terres provençales. En partant de Marseille, Tarascon et Avignon, il reconquiert son royaume soulevé contre Simon de Montfort. Ce dernier installe des chevaliers français dans le sud ouest et écarte l’hégémonie catalane.

La ville indépendante d’Avignon prend l’avantage sur Guillaume des Baux. Le clergé oblige le roi de France Louis VIII à mettre le siège devant Avignon qui finit par capituler et voit ses remparts détruits ainsi que son fameux pont Saint Bénezet.

Mais, malade, il ne peut continuer la campagne.

Raimond VII est obligé de céder à Louis IX une grande partie de ses états, et les Capétiens s’installent dans la forteresse de Beaucaire.

Un oratoire, puis bientôt un hôpital et une chapelle sont élevés à son entrée occidentale alors que le roi de France installe sa puissance sur la rive droite du fleuve. L’œuvre chargée de gérer l’entretien de l’ouvrage exploite le succès de la légende pour attirer pèlerins et donateurs. Point stratégique majeur dans la moyenne vallée du Rhône, important nœud commercial, sa conservation est confiée à une fraternité laïque dirigée par trois recteurs qui ont d’abord recours au produit des quêtes, des dons et des legs, puis à partir des années 1382-1390 à la perception d’une taxe sur le sel, le « petit blanc » du nom de la pièce qui sert à la régler.

Grande fragmentation politique: les comtés de Roussillon et de Cerdagne, de langue catalane passent dans l’orbite des rois d’Aragon, alors que le Bas-Languedoc passe sous la domination de la maison Trencavel, puis après la Croisade des Albigeois sous celle du roi de France.

Le traité de Corbeil de 1258 entérine cette division: les Corbières
forment la frontière entre le royaume de France et le royaume d’Aragon

– En 1302 – Arles est capitale d’un royaume qui fait partie du Saint- Empire romain germanique.

Le Rhône est frontière: les pays de gauche sont d’Empire(d’Empi), les pays de droite sont de France (de Réaume ou Riaume).

Les villes jumelles deviennent soeurs ennemies, mais le Rhône reste le trait d’union entre le Nord et le midi.

– De 1309 à 1378 – La vallée du Rhône jouit d’un renom mondial avec Avignon comme capitale de la chrétienté.

– Vers 1340 – Apparition de famines, et de la peste noire décimant la moitié de la population de Provence.

– En 1365 – Charles IV, empereur du Saint empire Romain Germanique, se fait couronner roi d’Arles.

– De 1400 à 1534 on relève une trentaine de représentations religieuses (mystères, miracles, moralités) entre Grenoble, Die, Montélimar, Romans, Vienne, Valence; 9 pour Romans, et 7 pour Valence.

– Jusqu’en 1481 – La paix revenue, les villages se repeuplent d’étrangers
venus d’Italie à Marseille, des Ligures dans les Alpes Maritimes, des
piémontais entre Manosque et Cavaillon.

Les nouveaux venus de religion vaudoise fondent un bastion d’hérétiques.

Des Savoyards s’installent dans le Comtat.

On cultive le blé, la vigne, l’olivier, les figues, les amandes, le chanvre, la lavande et le vermeil du chêne Kermès (teinturerie).

L’élevage est prépondérant, et l’on commence à faire transhumer boeufs et moutons.

Les routes plus sûres favorisent commerce et artisanat (cuir, peaux, laine, tissage).

La soie est importée d’Italie. Des moulins à papier s’installent dans le Comtat, des verriers dans le Lubéron.

Le commerce est entre les mains de banquiers Avignonnais au détriment de Marseille affaiblie.

En 1435, René d’Anjou, surnommé « Le Bon Roy René », hérite de la Provence et séjourne souvent dans son château au bord du Rhône à Tarascon.

Avec sa cour de chevaliers, de nobles familles et d’artistes, il organise des tournois et des fêtes, dont les Jeux de la Tarasque qui ont encore lieu chaque année, le dernier week-end de juin.

Il conclut des accords internationaux de commerce avec Gènes, Florence, Tunis, favorise la prospérité, accorde sa protection aux juifs moyennant de substantiels versements d’argent, et il lève de nouveaux impôts. Il fait codifier le droit public provençal.

A sa mort, en 1481, la Provence devint française, car il déshérite son successeur naturel (René Il de Lorraine) au profit de Charles du Maine.
Ce dernier, sans successeur, donne ses terres à Louis XI.

Passage des navires vikings sur le Rhône, qui voit prospérer d’autres pirates appliquant une taxation sur les voyageurs et les marchandises.
Louis IX, sur le chemin des croisades, fait la rencontre, à Glun, d’un seigneur qui prétend faire payer un droit de passage à son armée. Les péages deviennent par la suite une institution.

  • En 1481….à Suivre

Orientation post-bac : venir d’un lycée privé, est-ce un atout pour les filières sélectives ?

  1. Marco ObertiProfesseur des universités en sociologie, Sciences Po
  2. Élise TenretMaîtresse de conférences en sociologie, chargée de mission à l’OVE, Université Paris Dauphine – PSL
  3. Mathieu Rossignol-BrunetDoctorant, Université Toulouse – Jean Jaurès

Marco Oberti a reçu des financements de la DEPP et du SIES

Élise Tenret a reçu des financements de la DEPP et du SIES.

Mathieu Rossignol-Brunet a reçu des financements de la DEPP et du SIES.

Sciences Po
Université Paris Dauphine

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L’université Paris-Dauphine fait partie des établissements post-bac qui mettent en place une procédure d’admission sélective. Wikimedia Commons/FlickrCC BY-SA

Ont aussi contribué à cet article Pauline Barraud de Lagerie (maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Paris Dauphine) et Yannick Savina (ingénieur d’études au CNRS-OSC)


Au-delà du seul milieu social, les chances d’intégrer une filière sélective de l’enseignement supérieur dépendent-elles du lycée où l’on a obtenu son baccalauréat ? Venir d’un lycée privé augmente-t-il les chances d’accéder à des établissements sélectifs ?

Si les inégalités en fonction des caractéristiques sociales et scolaires des étudiants sont largement documentées par la recherche, celles en lien avec leurs établissements d’origine sont plus rares. Or, le lycée d’origine agit sur les orientations des élèves à travers, entre autres, des effets d’émulation et de réputation durables dans le temps.

Dans un rapport publié récemment qui porte sur les filières sélectives dans le domaine des sciences humaines et sociales, nous nous sommes intéressés à cet effet lycée, lié plus particulièrement au secteur public ou privé de l’établissement.

L’étude porte sur deux établissements qui ont en commun de pratiquer la sélection en première année, mais selon des modalités très différentes :

  • Sciences Po Paris, qui s’appuie sur un concours, formellement dégagé de toute appréciation des lycées d’origine ;
  • Dauphine, qui a recours à un algorithme prenant en compte la différence supposée de notation entre les lycées.

On constate alors que si les lycées privés envoient plus de candidats et plus d’admis dans ces établissements, cela est principalement lié à leur composition sociale nettement plus favorisée.

Dans les candidatures, le privé surreprésenté

À Sciences Po (procédure par examen) comme à Dauphine (procédure Boléro, hors programme égalité des chances), les étudiants issus de lycées privés sont surreprésentés en première année : ils représentent 40 % des étudiants à Sciences Po et 36 % à Dauphine, soit le double de ce qu’ils représentent dans l’ensemble des lycées (20 %).

Est-ce à dire que les lycéens issus du privé sont avantagés pour intégrer ces institutions ? Pour répondre à cette question, trois étapes, la candidature, l’admission et l’inscription doivent être distinguées.

Dès l’étape de la candidature, les lycéens issus du privé sont surreprésentés : 44 % à Dauphine et 40 % à Sciences Po. S’agit-il d’une stratégie particulière des établissements privés pour « placer » leurs élèves dans ces institutions ? Rappelons d’abord que tous les lycées n’envoient pas des candidats. La proportion de ceux n’en ayant présenté aucun entre 2014 et 2017 est même assez élevée : 34 % des lycées français d’enseignement général et technologique, publics ou privés sous contrat, n’ont présenté aucun candidat à Sciences Po sur cette période, et 45 % des lycées n’en ont pas présenté à Dauphine.

À ce stade, le statut de l’établissement est peu discriminant : on peut tout au plus constater que les lycées publics sont surreprésentés parmi les établissements ayant envoyé au moins un candidat à Sciences Po (70 % des établissements publics contre 65 % dans l’ensemble).

De manière générale, parmi les établissements ayant envoyé au moins un candidat sur la période étudiée, les établissements privés ont envoyé un plus grand nombre de candidats à Sciences Po et Dauphine que ne l’ont fait les lycées publics (18 en moyenne par établissement privé contre 12 en moyenne par établissement public). Les lycées privés sont nettement surreprésentés parmi les plus gros pourvoyeurs de candidats (plus de 50 candidats) : 47 % à Dauphine et 41 % à Sciences Po contre 35 % dans l’ensemble.

Cet effet s’explique en partie par la composition sociale plus favorisée de ces établissements : en effet, plus les lycées ont une part importante d’élèves issus de milieux sociaux favorisés, plus ils envoient un nombre élevé de candidats. De même, plus la part de mentions au baccalauréat est élevée, plus ce dernier envoie de candidats.

L’admission rebat les cartes

Si les établissements privés envoient davantage de candidats, leurs chances d’intégrer Dauphine ou Sciences Po ne sont pas plus importantes. Certes, ces établissements ont plus d’admis que les lycées publics, mais cette surreprésentation est en grande partie liée au nombre plus élevé de candidats, car à nombre de candidats comparables et autres caractéristiques (sociales et scolaires) contrôlées, les établissements privés n’ont pas plus d’admis que les lycées publics ; ils en ont même significativement moins.

Cet effet négatif du privé s’observe également au niveau individuel : à origine sociale et niveau scolaire comparables, et à caractéristiques identiques de l’établissement d’origine, les lycéens provenant d’établissements privés ont moins de chance d’être admis à Dauphine ou à Sciences Po.

La surreprésentation d’étudiants issus de lycées privés dans les voies classiques d’entrée en première année à Sciences Po et Dauphine est essentiellement liée à une plus forte propension des élèves de ces établissements à candidater.

Cette propension semble en grande partie liée à la composition sociale plus favorisée de ces établissements, mais aussi à des stratégies de placement de certains lycées « gros pourvoyeurs » de candidats. Cependant, à nombre de candidats comparables, les lycéens issus du privé n’ont pas plus de chances d’intégrer Dauphine ou Sciences Po.

En outre, les programmes d’ouverture sociale initiés dans ces établissements dans les années 2000, dans la mesure où ils concernent exclusivement des lycées publics, augmentent d’autant plus les chances d’être admis pour les lycéens issus de ce secteur, tout en diversifiant les profils sociaux des étudiants de ces institutions.

Nos résultats invitent donc à nuancer le regard que l’on peut porter sur l’avantage numérique des élèves scolarisés dans le privé admis dans ces grands établissements. Si un effet établissement est bien présent, il est à relier davantage à des logiques de construction des aspirations et à des stratégies de placement qu’à une supposée meilleure préparation comparativement au public.

La demande énergétique mondiale est sous-estimée, et c’est un vrai problème pour le climat

  1. Victor CourtEnseignant-chercheur en économie, IFP Énergies nouvelles

Victor Court est membre de la Chaire Énergie & Prospérité.

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La crédibilité des scénarios climatiques mondiaux est sujette à caution, en particulier pour ceux qui font l’hypothèse d’un découplage absolu entre activité économique et consommation d’énergie. Shutterstock

Remplacer les combustibles fossiles (pétrole, charbon, gaz) par des énergies bas carbone (les renouvelables et le nucléaire) est indispensable pour limiter le dérèglement du climat. Mais comme les énergies fossiles ne vont pas disparaître de sitôt, il est aussi impératif d’augmenter l’efficacité avec laquelle on les utilise, c’est-à-dire produire plus avec autant (voire moins) d’énergie.

Dans le scénario « développement durable » de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’efficacité énergétique est d’ailleurs considérée comme le premier levier pour réduire les émissions de CO2. Améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments et de toutes les machines qui nous entourent contribuerait à 37 % de l’effort nécessaire pour décarboner l’économie mondiale d’ici 2050.

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère lui aussi que l’efficacité énergétique est un élément clé de la transition écologique. Il en va d’ailleurs ainsi pour tous les gouvernements engagés dans l’Accord de Paris.

Mais il se pourrait que cette stratégie ne fonctionne pas, car elle omet un phénomène qui œuvre depuis longtemps pour contrer les bénéfices de l’efficacité énergétique : l’« effet rebond ».

Origines des réductions d’émissions de CO₂ liées à l’énergie dans le scénario « développement durable » de l’AIE, vis-à-vis d’un scénario intégrant toutes les politiques publiques déclarées. Victor Court (adapté du rapport World Energy Outlook 2019), CC BY-NC-ND

L’éléphant au milieu de la pièce

Parfois appelé « paradoxe de Jevons », du nom du premier économiste à l’avoir étudié au milieu du XIXe siècle, l’effet rebond correspond à l’ensemble des mécanismes économiques et comportementaux qui annulent une partie, ou la totalité, des économies d’énergie résultant des gains d’efficacité.

Par exemple, si les ingénieurs parviennent à diminuer de moitié la consommation d’essence nécessaire pour parcourir un kilomètre en voiture, les automobilistes peuvent dépenser deux fois moins d’argent pour parcourir la même distance, mais ils peuvent aussi parcourir deux fois plus de kilomètres avec le même budget ! L’histoire nous montre que c’est la seconde option qui a été suivie, en augmentant au passage le poids, le confort, la vitesse maximale et la puissance des voitures.

Ainsi, en abaissant le coût d’un service donné – s’éclairer, se déplacer, se chauffer, se nourrir, se divertir –, l’efficacité énergétique engendre un surcroît d’utilisation de ce service : on s’éclaire plus, on se déplace plus, on se chauffe, on se nourrit et on se divertit davantage grâce aux gains d’efficacité énergétique.

Mais disposer d’un éclairage ou d’une voiture plus économe peut aussi pousser les consommateurs à utiliser une partie de leurs revenus pour acheter autre chose que de l’électricité ou de l’essence : par exemple, un billet d’avion ou bien un nouveau smartphone. Il en va d’ailleurs de même pour les entreprises, qui peuvent allouer à de nouvelles activités les revenus épargnés grâce à l’efficacité énergétique.

À terme, ces changements de comportement peuvent modifier les prix et les incitations à investir dans telle ou telle infrastructure (le système routier plutôt que le système ferroviaire par exemple), et ainsi modifier encore un peu plus la consommation d’énergie.

L’ampleur des effets rebonds est difficile à quantifier, mais une tendance se dégage dans les connaissances que nous avons de ce phénomène. Dans une étude récente, nous avons montré avec mes collègues que les preuves d’effets rebonds très significatifs étaient de plus en plus nombreuses : plus de la moitié des économies d’énergie résultant d’une amélioration de l’efficacité énergétique semble ne jamais se concrétiser dans la réalité…

Pas d’énergie, pas de PIB

Dans le même temps, l’efficacité énergétique tend à améliorer la qualité de vie, stimuler la productivité et accroître la compétitivité : autant d’éléments qui contribuent à la croissance de l’économie et à l’augmentation de la demande d’énergie, et donc aux émissions de gaz à effet de serre.

C’est ce qui explique que le produit intérieur brut (PIB) et la consommation d’énergie ont toujours été étroitement liés. On sait en effet que la croissance de l’activité économique est systématiquement allée de pair avec une augmentation de la consommation d’énergie, tandis qu’un accès restreint à l’énergie a toujours limité la croissance économique.

Néanmoins, le PIB et la consommation d’énergie n’évoluent pas strictement à la même vitesse. Entre 1971 et 2018, le PIB mondial a augmenté en moyenne de 3,1 % par an, tandis que la consommation mondiale d’énergie finale (c’est-à-dire la quantité totale d’énergie consommée par les utilisateurs finaux) s’est accrue de 1,8 % chaque année. C’est ce qu’on appelle un « découplage relatif » : les deux variables augmentent, mais le PIB augmente plus vite que la consommation d’énergie.

Faire plus avec moins ?

En raison de changements dans la structure des économies, à savoir plus de services, moins d’industries et des gains d’efficacité énergétique très élevés, les organisations telles que le GIEC et l’AIE prévoient une croissance faible ou nulle de la consommation mondiale d’énergie au cours des prochaines décennies, tout en maintenant une croissance économique relativement élevée.

Ces groupes d’experts font donc l’hypothèse d’un découplage relatif entre PIB et consommation d’énergie, mais à des niveaux bien supérieurs à ceux du passé. Plusieurs de leurs scénarios postulent même qu’un « découplage absolu » est possible : ils prévoient que le PIB pourrait continuer d’augmenter tandis que la consommation d’énergie diminuerait ; et ce, malgré la nécessité d’investir à grande échelle dans les infrastructures à forte intensité énergétique et dans l’industrie lourde des pays en développement.

Le problème, c’est qu’il n’existe aucun précédent historique de découplage absolu au niveau mondial. Seuls quelques pays riches ont pu connaître certaines années un découplage absolu entre leur PIB et leur consommation d’énergie, mais cela était dû à une raison bien précise : ils avaient au préalable délocalisé une grande partie de leur industrie.

La figure ci-dessous permet de comprendre l’ampleur de la déconnexion qui existe entre données historiques et scénarios futurs.

Tendances historiques et scénarios futurs pour la consommation d’énergie finale et le PIB au niveau mondial. On ne présente ici que deux des cinq « shared socio-economic pathways » (SSP, c’est-à-dire les « trajectoires socio-économiques partagées »), utilisés par les modélisateurs pour examiner comment les tendances démographiques, économiques et techniques pourraient évoluer au cours du prochain siècle. Le scénario SSP2 est le scénario moyen qui poursuit les tendances historiques, tandis que le scénario SSP1 fait l’hypothèse d’une trajectoire plus équitable et plus soutenable sur le plan écologique. Victor Court (adapté de Brockway et coll., 2021), CC BY-NC-ND

On a représenté sur ce graphique la trajectoire de l’économie mondiale en matière de consommation d’énergie finale (en ordonnées) et de production économique (en abscisses), soit avec les données de la période 1971-2018 (rond noir), soit dans le cadre de quelques scénarios du GIEC permettant de stabiliser le changement climatique à 1,5 °C ou 2 °C (respectivement en bleu et en orange).

La courbe en pointillé rouge montre que la relation empirique entre PIB et énergie a été quasiment linéaire sur les cinquante dernières années : le PIB mondial a crû à peine plus vite que la consommation d’énergie, c’est le découplage relatif que nous avons évoqué un peu plus haut.

On observe que les scénarios visant une stabilisation du dérèglement climatique à 2 °C (en orange) correspondent à un découplage relatif bien plus important que par le passé, tandis qu’une stabilisation de la dérive climatique à 1,5 °C implique de réaliser un découplage absolu entre PIB et consommation d’énergie.

Plongée dans les modèles énergétiques et climatiques

Une question clé est de savoir si les effets rebonds sont correctement pris en compte dans les modèles énergétiques et climatiques mondiaux.

Dans notre étude, nous avons examiné quatre des « modèles d’évaluation intégrés » utilisés par le GIEC, ainsi que les modèles développés par BPShell, l’AIE et l’US Energy Information Administration (EIA).

Nous avons constaté que la plupart de ces modèles étaient incapables de saisir un grand nombre des mécanismes contribuant à l’effet rebond. Deux de ces modèles comprenaient une modélisation plus détaillée de l’économie, mais en omettant tout de même des mécanismes importants tels que ceux faisant évoluer la taille relative des différents secteurs de l’économie.

Par ailleurs, plutôt que d’estimer l’impact de l’efficacité énergétique sur la consommation réelle, certains modèles fonctionnent en sens inverse : ils définissent d’abord la consommation d’énergie désirée, et ils déduisent ensuite les gains d’efficacité nécessaires pour atteindre cet objectif. Une telle approche empêche, par définition, la prise en compte des effets rebonds.

Cette analyse suggère que les modèles surévaluent les économies d’énergie effectivement réalisables. En d’autres termes, la demande énergétique mondiale semble significativement sous-estimée dans les scénarios qui orientent la prise de décision politique.

Implications pour l’action climatique

Installer de nouvelles ampoules LED, doter les voitures de moteurs derniers cris et perfectionner les processus industriels ne suffira pas pour diminuer la consommation d’énergie fossile et réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Affirmer cela ne veut pas dire que l’efficacité énergétique est une mauvaise chose en soi : en plus d’économies d’énergie bien réelles, elle peut apporter différents avantages économiques.

Toutefois, il semble que les scénarios et les modèles climatiques manquent d’un certain réalisme face à la complexité de l’effet rebond. Puisqu’environ 50 % des économies d’énergie semblent compensées par ce phénomène, il est urgent que la communauté des modélisateurs le prenne plus au sérieux et parvienne à mieux l’intégrer dans leurs équations.

Sans cela, la crédibilité des scénarios climatiques mondiaux est sujette à caution, en particulier pour ceux qui font l’hypothèse d’un découplage absolu entre activité économique et consommation d’énergie.

Par ailleurs, il est clair qu’il sera difficile d’atteindre les objectifs de l’accord de Paris si les décideurs politiques ne tiennent pas compte de l’effet rebond dans leurs réponses à l’urgence climatique.

Si les économies d’énergie fondées sur les gains d’efficacité sont moins importantes que prévu, il faudra compter sur d’autres moyens pour lutter contre le changement climatique : les énergies renouvelables et nucléaires, la capture et le stockage du carbone, ou encore la tarification du carbone.

Ces solutions possèdent néanmoins un certain nombre de limites (physiques et financières) qui laissent penser qu’un plan sérieux de transition bas carbone devrait inclure des solutions pour capter les économies financières liées à l’efficacité énergétique et les rediriger vers des investissements à faible impact écologique.

Surtout, il serait temps que la question de la sobriété des besoins, c’est-à-dire la décroissance de la production matérielle, soit enfin prise au sérieux par les dirigeants politiques, n’en déplaise aux apologistes du « progrès » technique.

Un an de communication de crise : l’exécutif face aux Français

  1. Isabelle Le Breton-FalézanMaître de conférences, Sorbonne Université
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Depuis le début de l’épidémie, Emmanuel Macron s’est exprimé sept fois devant les Français. La dernière allocution date du 31 mars 2021. MARTIN BUREAU / AFP

Articulée depuis l’Antiquité sur l’évolution des formes politiques, l’historicité de la communication politique se vérifie à notre époque dans les métamorphoses du triptyque « politiques/médias/publics ». L’effet conjoint des innovations liées au numérique et celui la crise de confiance qui traverse nos sociétés font que, pour un exécutif démocratique tel que le nôtre, le défi est d’avoir une parole qui porte.

Les crises plurielles émaillant le mandat d’Emmanuel Macron nourrissent toute la verticalité si caractéristique de la Vᵉ République. Ce trait est d’autant plus mal vécu que le processus de désillusion présidentielle, dans l’opinion, est devenu préoccupant au fil des mandats.

Depuis février 2020, c’est la pandémie de Covid-19 qui contraint le plus nos dirigeants à des mises en scène plus ou moins virtuoses de leur action. En ce début avril 2021, l’horizon communicationnel est double pour le pouvoir : l’acceptabilité des mesures contraignantes qui persistent et la bataille de crédibilité politique qui éclot. S’entremêlent donc plus que jamais légitimité, autorité et conflit. Les caractéristiques de cette tragédie sanitaire disculpent dans une large part nos gouvernants en grande difficulté. Pour autant, ce pilier cognitif essentiel de la démocratie que constitue la confiance doit s’appuyer sur la consistance, la cohérence et la constance des mots du pouvoir. Alors que dire de la communication de crise de l’exécutif français depuis un an ?

Pédagogie et acceptabilité

Pour commencer à répondre, postulons deux choses. Premièrement, s’impose à nos dirigeants, au fil de cette crise, une information pédagogique sur les motifs objectifs justifiant les arbitrages qu’ils rendent (ex. éviter une saturation des services de réanimation). En second lieu, il leur faut s’assurer, par leur communication, de l’acceptabilité de leurs mesures dans le temps.

Jean Castex s’adresse à l’Assemblée nationale tentant de convaincre du bien-fondé des mesures indiquées le 31 mars avril par l’exécutif dans la gestion de la crise sanitaire. Thomas Coex/AFP

Ces deux figures imposées à l’exécutif exigent de lui de résoudre d’abord, par la concertation, la tension entre efficacité et consensus qui est inhérente à ce type de processus décisionnel qui associe politique et science. Elles exigent aussi du président de la République qu’il tienne ses promesses. Depuis février 2020, se sont succédé à Matignon deux styles successifs : une responsabilisation souvent pragmatique avec Édouard Philippe, une ligne plus anxiogène et culpabilisante avec Jean Castex.

À l’Élysée, domine une communication dont la théâtralité nécessaire mais obsédée par l’agilité du président, interroge. Au final, la communication de crise de notre exécutif compromet ses performances. Deux raisons interdépendantes peuvent expliquer cela.

Des techniques oratoires de persuasion souvent problématiques

Depuis un an, la rhétorique de l’exécutif tout entier s’est d’abord déclinée en une large palette de figures de style déroutantes mais censées dire tour à tour l’incertitude et la puissance. Ici se distinguent bien sûr la métaphore guerrière churchillienne, les anaphores et les psalmodies du président.

Également sa dramaturgie pétrie de paradoxes. Ainsi, ce « maître des horloges… arrêtées » a mobilisé les Français pour la guerre… en les confinant, avant de décréter la paix dans un vœu pieux lors de son interview du 14 juillet 2020 :

« Nous avons des résultats puisque l’on a réussi à endiguer le virus et retrouvé presque une vie normale. »

De même, les oscillations du verbe présidentiel entre verticalité et horizontalité-proximité, entre solennité et cartes postales sont apparues dès mars 2020 : allocutions officielles, tweets de soutien aux soignants, déplacements à répétition…

Cette démultiplication de lui-même et ses légèretés avec l’ethos présidentiel ont atteint leur paroxysme entre fin février et fin mars 2021 : le président plaisante avec McFly et Carlito avant de reverrouiller tout le pays.https://www.youtube.com/embed/IX_HdFFjSGs?wmode=transparent&start=0Les youtubeurs McFly et Carlito réagissent au défi lancé par Emmanuel Macron.

Les ratés d’exécution

Mais c’est au sujet des ratés d’exécution récurrents sur les masques, tests et vaccins que les dénis de l’exécutif ont été plus médiatisés au fil des mois.

Le 18 mai 2020, la diffusion sur BFM du reportage « Au cœur de l’Élysée, face à la crise » comporte une séquence où le président se perd dans le sophisme au sujet du manque de masques. La mise en cause de Jérôme Salomon par le sénat sept mois plus tard en a été une réplique politico-médiatique embarrassante.

Le 29 décembre 2020, le ministre de la Santé disait « assumer » la lenteur de la vaccination par précaution. Au même moment le président de la République laissait fuiter dans les médias la colère qu’elle lui inspirait, alors qu’il avait lui-même décidé cette stratégie vaccinale eurocentrée.

Certes, à la faveur de cette crise sanitaire, le flux permanent jailli de la nouvelle socio-économie des médias interpelle comme jamais nos gouvernants. Néanmoins, du fait qu’elle occasionne une polyphonie dysfonctionnelle, la théâtralité de cette communication de crise ne cesse de nourrir en retour cette nuée informationnelle.

Une polyphonie dysfonctionnelle au sein de l’exécutif

Il se trouve que l’une des vertus de l’exécutif bicéphale de la Ve République consiste à lui permettre de se moduler selon deux registres de communication complémentaires : l’Élysée incarne et arbitre, Matignon explique et exécute.

Dans la gestion de la pandémie, ce modèle, que l’on peut qualifier de « gaullien », a laissé place à un plan de communication de crise aléatoire et qui révèle d’ailleurs les limites de la dimension logocratique (gouverner par les mots) de l’institution présidentielle.

L’interminable séquence autour de l’hypothèse du reconfinement, qui s’est étirée entre fin janvier et ce mercredi 31 mars 2021, l’a montré une fois encore de façon évidente. Pourquoi ?

La cause est entendue : « gouverner c’est paraître » indiquait Jean‑Marie Cotteret et la politique est un « spectacle en soi » rappellait Georges Balandier.

Sur cette scène, discours, gestuelles et productions textuelles ou iconiques se déploient tour à tour pour servir de supports de sens assurant la mise en visibilité de la communication et, si possible, sa consistance dans l’espace public.

Brouillage de parole

La relation est toujours déterminante entre le contenu d’un discours politique et son contexte social d’énonciation, singulièrement le régime médiatique dans lequel il s’inscrit. C’est en cela que, depuis février 2020, le plan-média du tandem exécutif apparaît souvent erratique.

Quel message solennel le président vient-il nous délivrer le soir du 2 février dernier, dans son « JT » inattendu ? Aucun, mais il brouille la parole gouvernementale.

Pourquoi Jean Castex vient-il le soir du 16 mars sur BFM veille d’un Conseil de défense où tout sera décisif ? Cette absence de répartition fonctionnelle des rôles entre l’Élysée et Matignon avait émaillé les deux premiers mois de crise en 2020.

Mais, comme l’a écrit Guillaume Tabard dans le Figaro à l’époque, c’est surtout la parole présidentielle qui avait été « plus répétitive que performative ».

Le lundi 13 avril 2020, il faisait sa quatrième allocution télévisée en un mois, un record sous la Ve République. En face, la communication gouvernementale technique et rigoureuse orchestrée par Édouard Philippe avait dessiné peu à peu un « point fixe » dans la gestion de la crise. Dès avril, et quels qu’en furent les contextes d’énonciation (conférence de presse, parlement, JT télévisé…), ses ressorts sémio-discursifs – processus selon lequel se manifeste une signification dans un texte, une image ou autre considérés eux-mêmes comme des discours – avaient pivoté autour de l’humilité, le principe de réalité et la responsabilité.

Ainsi, le 2 avril 2020 en duplex TV depuis Matignon :

« On est dans un moment où il faut être humble. Il n’y a pas de honte à dire qu’on ne sait pas quand on ne sait pas » ;

ou en conférence de presse le 19 avril :

« Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus » ;

Le 28 avril devant les députés :

« Un peu trop d’insouciance et c’est l’épidémie qui repart. Un peu trop de prudence et c’est l’ensemble du pays qui s’enfonce ».

https://www.youtube.com/embed/_O8n98kseMg?wmode=transparent&start=0Édouard Philippe le 19 avril.

Un président incapable de nommer ce qui clive ?

Que conclure ? Toute crise majeure tend à fédérer les Français autour de leurs présidents de la République. Le défi de taille consiste cette fois à protéger cette efficience présidentielle des affres induites par la durée indéterminée de la pandémie. « Le maître du temps, c’est le virus », a reconnu Emmauel Macron le 15 mars dernier à Montauban.

Si la communication est la continuation de la politique par d’autres moyens, comme l’a écrit récemment Arnaud Benedetti elle est aussi comme elle « un art tout d’exécution ».

Le président de la République doit, plus que jamais, tenir l’opinion, tout en endiguant la pandémie. C’est la raison pour laquelle plus celle-ci perdure, moins il s’autorise deux postures : contraindre les Français et se déjuger. On peut toutefois s’inquiéter de sa difficulté récurrente à nommer tout ce qui clive un tant soit peu son auditoire (« frontières », « confinement », « passeport vaccinal »…).

Pour finir, notons que cette communication de crise doit nourrir aussi, pour Emmanuel Macron, la mise en forme persuasive d’un nouveau projet politique pour 2022. Sauf si, comme pour François Hollande et « l’inversion de la courbe du chômage », la campagne vaccinale ne signifie pas à temps la sortie du tunnel…

L’UNEF menacée de dissolution : ce n’est pas une première

  1. Robi MorderChargé d’enseignement en droit et sciences sociales, président du Groupe d’études et de recherches sur les mouvements étudiants (Germe), Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) – Université Paris-Saclay
Université Paris-Saclay
Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines

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Le 16 mars, participation de militants de l’UNEF à une manifestation contre la précarité étudiante, accentuée par la crise sanitaire. Bertrand Guay/AFP

L’Union nationale des étudiants de France (UNEF) est depuis quelques semaines au centre de polémiques qui ont dépassé les limites de l’Université pour devenir des enjeux politiques entre gauche et droite, mais aussi à l’intérieur de la gauche.

Rappelons-en rapidement la chronologie. Début mars, à Grenoble, l’UNEF locale reproduit sur son fil Twitter une photographie d’une inscription – qui n’émane pas de l’UNEF – ornant un mur de l’Institut d’études politiques. Deux noms d’enseignants sont accolés aux mots « démission » et « l’islamophobie tue ». L’image est rapidement retirée et le bureau national se démarque de sa section locale qui s’est fait le relais de cet affichage, en qualifiant l’initiative de « maladroite et dangereuse ». Mais l’affaire est déjà devenue médiatique, dans un contexte marqué par l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty d’une part, et de la dénonciation d’un « l’islamo-gauchisme » universitaire.

Quelques jours plus tard, Mélanie Luce, présidente de l’UNEF, invitée sur Europe 1 pour parler de la situation étudiante, particulièrement de la précarité, est fortement interrogée sur la tenue à l’UNEF de réunions dont les « blancs » seraient exclus. Mélanie Luce explique qu’il y a des réunions en non-mixité – sans parler d’exclusion – qui se tiennent deux à trois fois par an dans le syndicat.https://www.youtube.com/embed/38J2RhsavHo?wmode=transparent&start=0Mélanie Luce, présidente de l’UNEF, répond aux questions de Sonia Mabrouk sur Europe 1, le 17 mars 2021.

Aussitôt des députés et sénateurs, notamment des partis Les Républicains et Rassemblement National, demandent la dissolution de l’UNEF, le ministre de l’Éducation nationale dénonçant ce type de réunions qui, d’après lui, « ressemblent au fascisme ». L’on exhume alors d’autres incidents qui ont peu de lien entre eux : le voile porté par Maryam Pougetoux, présidente de l’UNEF Sorbonne en 2018 fait scandale, considéré comme contradictoire avec la laïcité dont se réclame le syndicat étudiant, la demande d’interdiction des Suppliantes d’Eschyle en mars 2019 à la Sorbonne, demande soutenue par l’UNEF, des déclarations après l’incendie de Notre-Dame émanant de deux responsables, l’une d’Amiens, l’autre de Rennes, qui ont très rapidement quitté l’UNEF et avaient d’ailleurs été désavoués par le bureau national.

Au total, six incidents en quatre ans, dans quatre établissements universitaires pour toute la France, provoquent des demandes de dissolution, qui ont juridiquement peu de chances d’aboutir en l’état du droit, et de suppression des subventions, menace bien plus crédible. Toutefois, depuis la loi Jospin de 1989, les subventions de l’État étant attribuées aux organisations nationales en fonction du nombre de sièges obtenus au CNESER et au CNOUS, le fondement juridique d’une telle suppression sur ce chapitre budgétaire sera difficile à trouver.

Menaces de dissolution : les précédents

Ces menaces marquent-elles un tournant dans l’histoire du syndicalisme étudiant ? En réalité, l’UNEF a déjà été confrontée à des menaces de dissolution au cours de son histoire, depuis sa création en 1907. Sous Vichy, l’UNEF était mal vue par le régime de la Révolution nationale tant l’association étudiante était marquée « Troisième république ».

Le projet de « Jeunesse unique » avec une « Corporation étudiante », porté par les partis collaborationnistes de Doriot et Déat, aurait abouti à fusionner de manière autoritaire toutes les organisations de jeunesse et d’étudiants. Ce projet va échouer par la résistance de l’Église catholique, mais aussi des autres confessions, soucieuses de conserver leurs mouvements de jeunesse propres d’une part, et la réticence des autorités d’occupation, la division de mouvements affaiblis leur convenait bien. L’UNEF sauve ainsi son autonomie en négociant des compromis.

La reconstruction syndicale de l’UNEF donne un coup de fouet à l’organisation, qui regroupe après la Libération 25 % des étudiants. Elle s’engage au fur et à mesure contre la guerre en Algérie après 1956. En 1960/1961, la dissolution de l’UNEF, « syndicat unique de la classe étudiante », (l’UNEF syndiquait un étudiant sur deux) est envisagée par le Premier ministre, Michel Debré. Déjà, le président de Gaulle, rompant avec la tradition antérieure, avait à son accession au pouvoir en 1958 répondu vivement à une lettre du président de l’UNEF à propos de la situation universitaire par une fin de non-recevoir : « Je ne saurais admettre que le président de l’UNEF vienne, à cet égard, me parler de carence ».

Organisant la grande mobilisation étudiante contre la suppression des sursis militaires, l’UNEF devait être punie pour avoir osé rétablir des liens avec les étudiants algériens et leur union (l’UGEMA, dissoute par le gouvernement français en 1956), en rendant public un communiqué commun UNEF/UGEMA en juin 1960. Le ministère demanda à l’UNEF d’adopter une charte de l’apolitisme, à défaut il se chercherait « d’autres correspondants ».

La menace fut suivie d’exécution, les pouvoirs publics soutinrent la scission minoritaire de la FNEF qui se fit attribuer d’office 3 des 11 sièges que l’UNEF détenait Centre national des Œuvres. Son président, Dominique Wallon, fut interdit de passer le concours de l’ENA. La subvention annuelle ainsi que celle du festival culturel étudiant furent supprimées.

Après mai et juin 1968, c’est la crise de l’UNEF, et sa scission en 1971, qui amène la question devant les tribunaux. Le précédent de la mise sous administration judiciaire de l’AFGES (nom de l’UNEF à Strasbourg) après la prise du pouvoir par le Situationnistes en 1967 ne fut finalement pas imité par les tribunaux parisiens. Il est vrai qu’en 1979 toutes les parties avaient renoncé à continuer la procédure.

Questions d’influence

En 1961, la scission de la FNEF met fin à l’exception unitaire que constituait le syndicalisme étudiant dans le syndicalisme français, alors que l’UNEF est à son zénith, syndiquant presque un étudiant sur deux. Privée de « grain à moudre » par l’ostracisme gouvernemental à son encontre, la fonctionnalité syndicale traditionnelle s’amenuise alors que l’université se massifie.

En 1968, avec 50000 adhérents revendiqués, l’UNEF ne regroupe que 10 % des étudiants. Le chiffre décroît : en 1971, les deux UNEF ne rassemblent pas plus de 20000 adhérents, entre 1980 et 1984, l’UNEF indépendante et démocratique, présidée par J-C. Cambadélis, compte en moyenne 10000 à 11000 adhérents pour un million d’étudiants, en 2007, au congrès du centenaire, l’UNEF réunifiée depuis 2001, qui sort victorieuse du conflit du CPE (Contrat première embauche) en compte 13000.

Manifestation contre le contrat première embauche en 2006. Jack Guez/AFP

Nous ne disposons que des chiffres officiels de l’UNEF actuelle, qui proclame 30000 adhérents, ce qui en tout état de cause ne change guère la proportion de syndiqués constatée depuis 40 ans, entre 1 et 2 %. Quant à la FAGE, le système est différent, puisque ce sont des associations qui adhèrent à la FAGE, sans que leurs membres le sachent forcément. Elle affirme avoir autour de 200000 inscrits dans ses associations membres, mais aux élections universitaires ou aux CROUS elle récolte au maximum 100000 voix.

En effet, si le nombre d’adhérents est un indicateur, il n’est pas le seul permettant de mesurer l’influence d’un syndicat. Celle-ci peut être électorale puisque, depuis la loi Faure de 1968, les étudiants peuvent voter pour désigner leurs représentants dans les institutions universitaires. Or, la participation électorale est faible, variant entre 10 à 20 % de moyenne nationale depuis une quarantaine d’années, alors que les étudiants votent beaucoup plus aux élections présidentielles ou législatives.https://platform.twitter.com/embed/Tweet.html?dnt=false&embedId=twitter-widget-0&frame=false&hideCard=false&hideThread=false&id=1201718561229725696&lang=en&origin=https%3A%2F%2Ftheconversation.com%2Flunef-menacee-de-dissolution-ce-nest-pas-une-premiere-158148&siteScreenName=FR_Conversation&theme=light&widgetsVersion=e1ffbdb%3A1614796141937&width=550px

L’influence se manifeste sur un autre terrain aussi, dans les mobilisations, par les discussions et décisions des assemblées générales de grévistes, et les coordinations des délégués élus par ces assemblées.

Jusqu’aux années 1960, l’UNEF et ses AGE (sections locales) étaient multifonctionnelles : rôle de représentation auprès des autorités, dimensions revendicatives, lieux de sociabilité gérant divers services : cafétérias, ciné-clubs, polycopiés ; la division et les changements institutionnels ont changé la donne. Représentativité, changements des conditions de travail, redéfinition d’identités collectives : en réalité, les syndicalismes étudiants sont confrontés aux mêmes problèmes généraux que ceux du syndicalisme français.