The Conversation

Le téléphone fixe fait aujourd’hui figure d’ancêtre. Les téléphones mobiles basiques, limités aux appels vocaux et aux SMS, ont marqué les débuts d’une nouvelle forme de nomadisme des foules : la mobilité numérique.

Depuis une dizaine d’années, le développement des terminaux multifonctions de type smartphone a mis dans la poche de plus d’un milliard d’humains un appareil infiniment plus complexe que les précédents. Des objets souvent élégants, astucieux, truffés de capteurs, les rendant vraiment très malins (trop ?).

Si à l’échelle globale les usages d’Internet se sont démocratisés, il n’en va pas encore de même des smartphones, moins répandus dans les pays en voie de développement.

La fracture numérique reste donc une réalité géographique, dépendante du niveau de développement des pays. Mais elle est aussi une réalité démographique : en France, près d’une personne sur deux (49 %) déclare posséder un smartphone. Le pourcentage s’élève à 85 % au sein des 18-34 ans, contre 35 % dans les tranches d’âge supérieures.

Toujours plus de fonctionnalités

Doté d’un écran tactile et d’un appareil photo numérique, le smartphone possède certaines fonctions dignes d’un ordinateur portable : agenda, calendrier, calculatrice, courrier électronique, messagerie vocale visuelle, navigation Web… Enfin, il peut être personnalisé grâce à l’ajout d’applications ludiques comme Fortnite, ou utilitaires comme Waze.

Et plusieurs fonctions de base d’un smartphone donnent à chacun d’entre nous le moyen de se repérer dans l’espace géographique en latitude, longitude, altitude, et ce, en tout point de la surface du globe.

Sans toujours s’en rendre compte, les utilisateurs d’applications comme Waze ou Strava mobilisent les fonctions boussole, cartographie numérique, géolocalisation, ainsi que l’accéléromètre pour les mouvements linéaires (marche à pied) et le gyromètre pour les vitesses angulaires (auto, moto, vélo).

Avec la multiplication des objets connectés, comme les montres ou les capteurs de fréquence cardiaque, les possibilités se trouvent démultipliées.

Diffuser l’information géographique

Depuis quelques années, les applications géographiques sont présentes dans tous les véhicules : GPS amovible de type TomTom ou Garmin, GPS installé par le fabricant et intégré à la planche de bord, ou encore support de smartphone.

Un leader historique de la carte routière « papier » a ainsi basculé ses données vers le numérique. ViaMichelin propose maintenant une cartographie interactive, un calcul d’itinéraires avec options (auto, moto, vélo, piéton) et feuilles de route adaptées, une navigation GPS (direction, guidage vocal, état de la circulation, incidents, limitations de vitesse) et le trafic dit « en temps réel » (comme Sytadin en Île-de-France).

Mais, du fait de la directive européenne 2007/2/CE du 14 mars 2007, dite directive INSPIRE, il est possible d’aller beaucoup plus loin. Le Conseil national de l’information géographique (CNIG) rappelle que la directive INSPIRE a été élaborée par la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne, dans le but « d’établir en Europe une infrastructure de données géographiques pour assurer l’interopérabilité entre bases de données et faciliter la diffusion, la disponibilité, l’utilisation et la réutilisation de l’information géographique » à l’échelle de l’Union européenne (UE).

Par exemple, en cas de pollution accidentelle sur un cours d’eau, les données fournies par le service de crise du pays émetteur doivent pouvoir être comprises dans tous les pays riverains situés à l’aval du lieu de pollution : le Rhin et Danube sont les deux grands fleuves européens où l’absence de standards communs rendraient les données de crise inopérantes au-delà d’une frontière étatique.

La directive INSPIRE : qu’est-ce que c’est ? (Inspire EU/YouTube, 2015).

De nombreux services

L’IGN, ancien Institut Géographique National (qui avait succédé en 1940 au Service géographique de l’Armée, lui-même issu du Dépôt de la Guerre supprimé en 1887), est devenu par fusion avec l’Inventaire forestier national le 1er janvier 2012, l’Institut national de l’information géographique et forestière.

Dans le cadre territorial français plusieurs dispositifs sont mis en œuvre par l’IGN : le Géocatalogue liste « les données et cartes produites par les acteurs publics en France » ; le Géoportail est un outil de consultation, de création et de partage de l’information géographique conçu pour le public généraliste ; alors que les Géoservices s’adressent plus aux utilisateurs professionnels.

Enfin, un Géoportail européen actuellement en cours de développement viendra compléter le panel de l’offre d’informations géographiques.

Le Géoportail français, accessible via Google Play ou l’App Store, est un puissant système d’informations géographiques alimenté et mis à jour par 84 organismes producteurs de données. Bien que la consultation des cartes et des photographies anciennes « Remonter le temps » ait été transférée sur un site dédié indépendant du Géoportail, celui-ci n’en met pas moins sur écran toute l’information géographique.

Couches d’informations géographiques du Géoportail (mai 2018). Même si leur nombre réel est un peu inférieur au total (213) du fait des doubles comptes (une même couche est accessible par plusieurs entrées), la somme d’informations consultables est très élevée. Author provided

Enfin, pour le temps qu’il fait et pour la prévision du temps qu’il fera, le site officiel de Météo-France, fiable et complet, est malheureusement trop encombré de publicité : par comparaison, le UK MetOffice sépare nettement l’information scientifique des encarts publicitaires.

Pourtant, les applications météorologiques sont légion : Infoclimat (disponible sur iPhone et sur Android), instable, reste cependant l’une des plus complètes, participative et sans publicité, à utiliser avec marée.info (appareils iOS seulement) le long des côtes de l’Atlantique, de la Manche et de la mer du Nord.

Et demain ? Toujours plus d’applications dans l’espace urbain

En 1985, le géographe Jean‑Louis Tissier notait que les universitaires n’avaient jamais eu en France le monopole de la géographie.

Cette observation est encore plus vraie aujourd’hui. Avec la démocratisation des smartphones, de la géolocalisation indoor et de l’Internet des objets, les applications ne cessent de se multiplier.

Si les applications ne font certes pas le géographe, elles invitent du moins leurs utilisateurs à mobiliser des connaissances et des pratiques géographiques.

Les habitants d’Île-de-France ou les touristes de passage peuvent par exemple découvrir les sites remarquables du Val-d’Oise grâce à une remarquable application (disponible sur Google Play et l’App Store), et ceux de la Forêt de Fontainebleau grâce à l’application Balade Branchée (uniquement disponible sur Google Play pour l’instant).

En région, le Grand Toulouse est particulièrement à la pointe.

À Lausanne en Suisse, une autre ville universitaire dynamique, les étudiants de la faculté des Hautes études commerciales (HEC) développent le Geomatching qui, en local, facilitera la géolocalisation des personnes, des produits, et des services.

Et ceux de l’Institut de géographie et de durabilité ont mis au point un GéoGuide permettant de découvrir l’histoire du relief de Lausanne et de la région lémanique depuis la dernière glaciation, mais aussi celle de Rome depuis l’antiquité !

Pourvu que le débit suive !