Avant de lancer une requête sur un moteur de recherche, les enfants doivent prendre le réflexe de bien choisir leurs mots clés. Shutterstock

Faire des recherches sur Internet est une activité très formatrice. Une étude a par exemple montré que les jeunes qui élaborent de vraies stratégies de recherche en ligne ont également de meilleures notes à l’université.

Mais ces compétences ne s’acquièrent pas automatiquement en passant plus de temps à surfer sur le web. Bien au contraire, les étudiants ont besoin de conseils et d’instructions explicites pour être capables de faire des recherches plus efficaces.

Les jeunes ont tendance à penser qu’ils maîtrisent déjà ces outils. Leurs enseignants et leurs parents le supposent aussi. Cette hypothèse se double souvent de la croyance erronée que toute recherche est forcément fructueuse. Et si l’on intègre souvent les outils numériques aux recherches faites en classe, on se focalise rarement sur l’apprentissage même des méthodes de recherche.

Nombreux sont les enseignants qui ne guident pas explicitement leurs élèves dans leurs recherches en ligne. Au contraire, les enfants se forment souvent par eux-mêmes et sont réticents à demander de l’aide. Voilà qui ne leur permet pas d’acquérir les compétences nécessaires.


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Pendant six ans, je me suis penchée sur la manière dont les jeunes utilisent les moteurs de recherche. Parmi les groupes que j’ai suivis, qu’ils soient scolarisés dans un établissement classique ou étudient chez eux, on peut relever un certain nombre de mauvaises habitudes.

Par exemple, tous passent beaucoup plus de temps sur des sites qui ne sont pas pertinents que sur les sites de qualité qui leur seraient vraiment utiles. Et, bien souvent, ils abandonnent les recherches avant d’avoir trouvé l’information dont ils ont besoin.

Voici donc trois choses à garder en tête pour vraiment tirer profit d’une recherche en ligne.

Élargissez vos requêtes

Les jeunes devraient explorer, synthétiser et questionner les informations trouvées sur Internet, plutôt que de simplement les repérer, et passer à autre chose. Les moteurs de recherche offrent des possibilités d’apprentissage infinies, mais les étudiants ont tendance à se focaliser sur quelques points précis. Cela ne leur permet pas d’obtenir de meilleurs résultats que ce qu’ils auraient eu il y a quarante ans dans une encyclopédie imprimée.

Il est important d’utiliser différents mots clés et de croiser les requêtes, les sites et les onglets de recherche, notamment les actualités ou les images.

Une partie de mon travail de thèse (en cours de rédaction) consistait à observer pendant 20 minutes des jeunes et leurs parents en train d’utiliser un moteur de recherche. Lors de l’une de ces séances (la situation est assez typique), une famille pratiquant l’école à la maison a tapé dans la barre de recherche de Google : « Combien de tigres en danger y a-t-il à Sumatra ». Ils cliquent alors sur un seul site, sur lequel ils repèrent une phrase d’explication.

Le parent recopie cette réponse et passe au sujet suivant : la culture des graines. La recherche aurait été bien plus riche s’ils s’étaient aussi demandé :

  • où se situe Sumatra
  • pourquoi les tigres sont en danger
  • comment on peut contribuer à leur protection

J’ai fait une recherche de mon côté avec les mots clés « tigres de Sumatra » entre guillemets. Les résultats obtenus m’ont permis de voir des images de tigres dans le National Geographic et de discuter en direct avec un expert du World Wide Fund (WWF).

En cliquant sur l’onglet « actualités » à partir de la même requête, on obtient une revue d’articles récents, de l’arrivée de deux tigres dans une réserve naturelle en Australie aux effets de l’huile de palme sur l’espèce. Il peut suffire de modifier un peu ses requêtes pour améliorer les bénéfices éducatifs d’une recherche.

« Dans la toile », épisode sur les moteurs de recherche (TV5 Monde).

Prenez votre temps

Trop souvent, on part du principe qu’une recherche est un processus rapide. Les familles de mon étude passaient en moyenne 90 secondes, voire moins, à consulter chaque site web et se lançaient dans de nouveaux sujets toutes les 4 minutes.

Avec tant de rapidité, on peut supposer que les étudiants ne font pas de requêtes efficaces ou n’obtiennent pas l’information dont ils ont vraiment besoin. Ils peuvent également ne pas avoir assez de temps pour examiner les résultats de recherche et évaluer la pertinence des sites proposés.

Mes recherches confirment que les enquêteurs en herbe ont tendance à cliquer sur les liens les plus en vue, souvent les premiers sites indiqués, très certainement pour gagner du temps. Cela pose problème dans un environnement commercial où le référencement d’un site peut s’acheter, et dans un contexte où les enfants ont tendance à tenir pour valable tout ce qu’ils trouvent en ligne.

Une recherche rapide n’a rien de problématique en soi. En repérant vite les informations nécessaires, les élèves peuvent consacrer plus de temps à d’autres tâches plus complexes, comme l’analyse et l’analyse des faits qu’ils trouvent. Mais cela n’est vrai que s’ils ont bel et bien obtenu les éléments dont ils avaient besoin.

Ne vous reposez pas trop sur Google

Les enfants s’en remettent souvent aux outils proposés par Google comme la fonction « Did you mean » (ndrl : qui corrige les requêtes supposées comporter des coquilles).

Quand les élèves se disent confiants dans leur capacité à faire des recherches en ligne, mon travail de thèse montre qu’ils font encore plus confiance à Google même. « Je suis habitué à ce que Google fasse les corrections nécessaires », explique ainsi l’un d’entre eux.

De telles attitudes peuvent les conduire à rejeter des mots-clés pertinents, en acceptant automatiquement l’autocorrection (parfois erronnée) ou en partant sur des pistes non pertinentes.

Apprendre aux élèves à sélectionner les sites consultés en fonction des extensions de noms de domaine peut les aider à se sentir responsables de leur recherche au lieu de se décharger sur l’outil. Par exemple, l’extension « .com », facile à acheter, renvoie plus fréquemment à un site commercial alors que les extensions « .gouv » ou « .edu », correspondant à des sites officiels, assurent une certaine fiabilité.

Les moteurs de recherche ont un grand potentiel éducatif, mais nous devons être prudents et éviter les raccourcis, et ne pas croire que ce potentiel est une garantie.

Comment savoir si une information est vraie ? (Ouest-France, 2018).