Plus de 60% des Français approuveraient la mise en place d’une sanction pénale pour non-respect des mesures préventives en période d’épidémie. Joël Saget/Shutterstock

Le lundi 16 mars au soir, le président de la République, Emmanuel Macron, annonçait un durcissement des mesures de confinement pour éviter la propagation du Covid-19. Il s’agit désormais de réduire fortement nos déplacements. Seuls sont autorisés les trajets entre le domicile et le travail lorsque le télétravail est impossible, pour faire les courses ou pour des motifs de santé. Le but étant que chacun d’entre nous ait le moins de contact possible avec l’extérieur et reste à la maison auprès de ses proches.

Le dispositif de confinement n’est pas une mesure commune de prévention en France. Il a été peu utilisé, seule une maison de retraite l’avait imposé pour réduire la propagation du virus de la grippe, à Sainte-Marie de Vic-sur-Seille en Moselle en 2016. Il faut dire qu’en France, pour l’épidémie de la grippe, un vaccin a été mis en place pour réduire son incidence, en particulier pour les plus vulnérables (personnes âgées et immunodéprimées).

L’attestation de déplacement dérogatoire. Interieur.gouv

Pour le moment, le vaccin contre le Covid-19 n’est pas encore créé et face à l’ampleur de l’épidémie, le confinement reste la mesure recommandée par les experts scientifiques de santé. Mais le non-respect de cette mesure doit-il être obligatoirement sanctionné ?

Dans l’étude publiée dans European Journal of Health Economics en 2018, nous nous sommes intéressés au comportement des Français en cas de confinement de sept jours durant une épidémie de grippe.

Un confinement particulièrement long

La grippe a une période d’incubation (temps écoulé entre l’infection par le virus et l’apparition des premiers symptômes) de trois à six jours, alors que celle du Covid-19 est sensiblement plus longue, puisqu’elle peut atteindre quatorze jours. La période de confinement est ainsi plus courte pour la grippe, seulement sept jours, au lieu de quatorze jours comme aujourd’hui recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour le Covid-19.

L’échantillon de notre étude est constitué de 200 Français ayant les mêmes caractéristiques socio-économiques que la population française. Nous avons utilisé la méthode des quotas qui consiste à sélectionner un ensemble d’individus ayant les mêmes caractéristiques socio-économiques (genre, âge, revenu, composition du foyer et catégorie socioprofessionnelle) que celui de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) chargé du recensement de la population française.

Nous avons proposé aux participants de notre échantillon une première situation hypothétique dans laquelle une épidémie avait été signalée mais ils n’avaient pas été en contact avec une personne infectée.

Nous leur avons demandé pendant combien de jours au maximum ils seraient prêts à se confiner, c’est-à-dire à rester à leur domicile. Nous avons utilisé la méthode d’évaluation de contingence. Elle permet de recueillir par enquête des consentements de l’individu.

Nous leur avons ensuite posé la même question mais en considérant qu’ils avaient été en contact avec une personne infectée. Ainsi, nous pouvions observer l’impact du risque de contamination.

Pour finir, nous leur avons reposé la question en ajoutant la possibilité d’avoir une assistance médicale (visite ou contact avec un professionnel de la santé) pendant leur confinement à domicile afin de déterminer l’importance du suivi médical.

Les données de notre étude nous permettent d’avoir de nouvelles conclusions en étendant la période de confinement de sept à quatorze jours.

La figure ci-dessous présente nos résultats :

Proportion de répondants (en pourcentage) qui accepte volontairement de se confiner selon les différentes situations. 18-64 ans (166 répondants), 65 ans et plus (36 répondants), Ensemble des répondants (200 répondants).

On observe tout d’abord que, dans notre étude, plus de 37 % des répondants sont volontairement prêts à respecter le confinement de quatorze jours à la maison. Les personnes de plus de 65 ans sont plus disposées à se conformer à ce confinement. Le suivi médical joue le rôle d’assurance d’une assistance en cas de besoin et incite l’ensemble des répondants à se confiner.

Les sanctions majoritairement approuvées

De plus, les plus de 65 ans indiquent clairement qu’ils sont plus à même de respecter le confinement s’ils n’ont pas été en contact avec le virus. Ils préfèrent éliminer le risque plutôt que le réduire, (conformément à l’effet de certitude théorisé par les psychologues Daniel Kahneman et Amos Tversky en 1979).

Enfin, un comportement altruiste signifierait qu’une personne qui est plus susceptible de devenir contaminée, et de contaminer ainsi les autres, décide de se confiner pour éviter tout contact avec les autres.

Nos résultats ne vérifient pas cela. Nous obtenons qu’être en contact avec une personne infectée rend les répondants moins susceptibles de se confiner. Ainsi, si le risque individuel d’être contaminé, et donc de contaminer les autres, est plus élevée, la proportion des répondants acceptant volontairement le confinement est plus faible.

Selon nos résultats, pour une grande majorité des Français, le confinement n’est pas volontairement accepté. Une sanction pénale pour non-respect des mesures préventives en période d’épidémie est approuvée par 63 % de nos répondants.

La théorie économique sur les méthodes d’évaluation de contingence montre que les réponses des individus au questionnaire peuvent différer des actions réelles. On appelle cela le « biais hypothétique ». Ce biais résulte du fait que les participants au questionnaire ne sont pas confrontés à une situation réelle, mais à une situation fictive.

Aujourd’hui, la fiction a rejoint la réalité. Espérons que les Français seront plus enclins à respecter le confinement. Nous aurons la réponse sous peu.