Image de microscope électronique à balayage montrant le SARS-CoV-2 (orange) émergeant de la surface de cellules (vertes) cultivées en laboratoire. NIAID / FlickrCC BY-SA

Alors que la pandémie du Covid-19 due au virus SARS-CoV-2 progresse dans de nombreux pays et resurgit dans d’autres, nous ne disposons d’aucun traitement capable d’endiguer la multiplication du virus. Les vaccins représentent-ils la seule planche de salut ? Pas si sûr alors que de nombreuses questions se posent sur le degré de leur efficacité à prévenir l’infection, leur sécurité et leur acceptabilité par les populations.

Il est donc important d’explorer d’autres armes qui pourraient contribuer au contrôle de l’infection et de ses conséquences. L’immunothérapie s’avère particulièrement prometteuse à cet égard, en particulier celle qui repose sur les anticorps monoclonaux, ces armes ultra-spécifiques issues de la biotechnologie.

Les anticorps anti-SARS-CoV-2 pour neutraliser le virus

Le concept d’immunothérapie pour combattre les maladies infectieuses n’est pas neuf : il date de près de cent ans. Emile Roux en France et Emil von Behring en Allemagne en ont été les pionniers. Il reposait à l’époque sur l’injection de sérum préparé à partir du sang d’animaux immunisés contre le microbe.

Des milliers d’enfants ont ainsi été sauvés de la diphtérie parce que l’on a longtemps appelé la sérothérapie. Elle a aussi permis à Jules Bordet de mettre fin à l’épidémie de peste bovine survenue à la même période en Afrique du Sud.

La sérothérapie a évolué vers l’injection d’anticorps purifiés à partir du plasma de sujets immunisés (immunoglobulines hyperimmunes) puis d’anticorps monoclonaux obtenus grâce au génie génétique. Ces derniers sont apparus dès la fin des années 1990 dans la lutte contre les maladies infectieuses, avec une première indication dans la prévention de la bronchiolite du nouveau-né causée par le virus respiratoire syncitial.

Depuis l’épidémie de SRAS de 2003 liée au virus SARS-CoV-1 – cousin germain du virus SARS-CoV-2 – ils sont considérés comme des armes potentielles pour vaincre les épidémies causées par les virus les plus agressifs. Ainsi, un cocktail d’anticorps monoclonaux s’est révélé très efficace pour combattre le virus Ebola. Il devrait être approuvé cet automne par la Food and Drug Administration aux États-Unis.

Plusieurs observations suggèrent que des anticorps monoclonaux dirigés contre le virus SARS-CoV-2 devraient permettre de lutter contre la pandémie actuelle. La guérison d’une infection par ce virus est associée à la production d’anticorps neutralisants dans les 6 à 10 jours suivant l’infection.

Expérimentalement, des macaques infectés par le virus SARS-CoV-2 résistent à une infection ultérieure grâce à des anticorps de ce type. Et au cours de l’épidémie de SRAS en 2003 les personnes infectées par le virus SARS-CoV-1 ont développé une immunité protectrice.

Ces observations conduisent aujourd’hui au développement d’anticorps monoclonaux dirigés spécifiquement contre la protéine Spike du virus SARS-CoV2. Cette protéine membranaire permet au virus de pénétrer dans les cellules humaines en se liant à son récepteur ACE2. En fait, une course au développement industriel de ces anticorps se déroule parallèlement à la course aux vaccins. On y retrouve dans le peloton de tête la multinationale AstraZeneca et la firme Regeneron qui vient d’obtenir une aide de 450 millions de dollars du gouvernement américain lui permettant d’entamer des essais cliniques de phase III à large échelle.

Si certains anticorps neutralisent effectivement le virus et conduisent à son élimination de l’organisme, d’autres vont contribuer à aggraver les dommages qu’il cause, notamment en alimentant la surproduction de cytokines. Les avancées de la biotechnologie permettent aujourd’hui de sélectionner les seuls anticorps bénéfiques et de les produire en laboratoire pour en faire des médicaments capables d’une action antivirale immédiate dès l’infection identifiée.

Ainsi, non seulement ont-ils les meilleures chances d’être efficaces mais aussi d’être bien tolérés sur la base de leur profil de sécurité dans d’autres indications comme les maladies auto-immunes.

Les indications de l’immunothérapie par les anticorps anti-SARS-CoV-2

Ces indications sont potentiellement nombreuses et seront affinées au fur et à mesure des résultats qui proviendront des essais cliniques.

Les anticorps monoclonaux pourront être utilisés comme des agents antiviraux dans le traitement des formes sévères de la Covid-19 ou à une phase plus précoce de la maladie pour prévenir son aggravation ultérieure en réduisant la charge virale dans l’organisme de la personne traitée.

Les anticorps monoclonaux pourront également être utilisés en prévention de l’infection après une exposition au virus, par exemple, parmi les personnels soignants ou les personnes vulnérables.

L’immunothérapie en complément de la vaccination

Par rapport aux vaccins, les anticorps ont l’avantage d’une action antivirale immédiate qui ne dépend pas de la mobilisation du système immunitaire. Il faut d’ores et déjà s’attendre à ce que les vaccins n’aient pas la même efficacité chez tous les individus. Une des grandes questions actuelles, est de savoir si les vaccins agiront de la même manière chez les seniors que chez les sujets plus jeunes. Le vieillissement touche aussi le système immunitaire. Une étude récente montre que l’un des candidats-vaccins induit une réponse moindre chez les sujets de plus de 55 ans. Or ce sont eux qui sont les principales victimes des formes sévères du Covid-19. En fait, par rapport aux vaccins, les anticorps ont l’avantage d’une action antivirale immédiate qui ne dépend pas de la mobilisation du système immunitaire et l’immunothérapie pourrait donc s’avérer particulièrement intéressante dans la population plus âgée et venir ainsi en complémentarité du vaccin.

Les obstacles qui restent à franchir

Ils sont de plusieurs ordres. Tout d’abord, les anticorps n’agiront que pour une période relativement brève. D’où les efforts actuels pour augmenter leur durée de vie dans l’organisme. Se pose surtout la question des capacités de production industrielle pour faire face aux demandes puisque des dizaines de millions de personnes pourraient en bénéficier. Et enfin, les prix auxquels ces produits seront commercialisés risquent d’entraver leur accès. Comme pour les vaccins, les négociations entre les gouvernements, la communauté internationale qui s’est engagée dans l’accès universel à la santé et les sociétés pharmaceutiques promettent d’être serrées…