Schistes et quartzites déchiquetés par l’érosion forment les plus hauts sommets des Monts d’Arrée. Pierrick Graviou/BRGMCC BY-NC-ND

Cet été, le géologue Pierrick Graviou nous invite à découvrir, en photos, 5 curiosités géologiques à travers la Bretagne.


Localisation des Monts d’Arrée. Google Maps

Culminant à près de 400 mètres d’altitude sur les communes de Commana et de Plounéour-Menez (Finistère), les Monts d’Arrée forment l’un des paysages les plus singuliers et les plus emblématiques de la Bretagne intérieure. La lande d’ajoncs et de bruyères y est omniprésente, laissant simplement émerger ici et là quelques chicots rocheux armant les crêtes souvent balayées par les vents ou enveloppées de brouillard.

Les reliefs y sont donc très modestes, ce qui n’empêche en rien les habitants du pays de se considérer comme des montagnards. Ils n’ont pas tout à fait tort si l’on se réfère à l’histoire géologique de ces contrées sauvages témoignant d’un autre temps. C’était il y a environ 420 millions d’années…

À cette époque, l’Armorique est encore un domaine insulaire, séparé d’un gigantesque continent – le Gondwana – par un océan sur les bords duquel se déposent des sédiments : argiles et sables fins, qui vont peu à peu se compacter et s’enfouir sous l’effet de leur propre poids pour se transformer en schistes et quartzites. Mais cela ne va pas durer !

Il y a 340 millions d’années, se tenaient en lieu et place des Monts d’Arrée, des sommets enneigés, recouverts d’immenses glaciers. Pierrick Graviou/BRGMCC BY-NC-ND

L’Armorique et le Gondwana se rapprochent en effet sous l’action de la tectonique des plaques, tandis que l’océan disparaît progressivement. La collision est inévitable, engendrant un chevauchement des terrains et une importante déformation des roches qui se plissent et se fracturent sous la violence du choc. Il y a 340 millions d’années, une chaîne de montagnes comparable au massif de l’Himalaya se développe à travers toute l’Europe. Imaginez la scène avec, en lieu et place des Monts d’Arrée, des sommets enneigés et recouverts d’immenses glaciers.

Aujourd’hui, ces sommets totalement érodés ne sont plus que de lointains souvenirs, mais leurs racines sont toujours présentes au niveau des crêtes. Des racines constituées de schistes et de quartzites intensément déformés et qui ont pris naissance sous forme de sédiments d’origine marine. En Bretagne, où que l’on soit, la mer n’est jamais très loin…