Des scientifiques de Hongkong ont rapporté lundi le premier cas confirmé de réinfection au coronavirus SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19. Celle-ci a été attestée par les séquences génétiques provenant d’échantillons prélevés lors des deux épisodes d’infection (survenus en mars et en août 2020) subit par l’homme de 33 ans concerné.

Deux autres cas de recontamination viennent aussi d’être identifiés en Europe, l’un aux Pays-Bas et l’autre en Belgique.

Naturellement, les gens s’inquiètent de ce que ces nouvelles pourraient signifier quant à nos chances de venir à bout de la pandémie.

Voici pourquoi ils ne devraient pas s’en faire.

Près de neuf mois après la première infection par le nouveau coronavirus, nous n’avons connaissance que très peu de cas de réinfection. Les virologistes savent cependant qu’une recontamination par les virus de la famille des coronavirus est courante. Les immunologistes s’efforcent de déterminer la durée de l’immunité protectrice chez les patients guéris.

Quoi qu’il en soit, les rares cas de réinfection signalés jusqu’à présent étaient tout à fait prévisibles et il n’y a pas lieu de s’alarmer.

Hôtes inhospitaliers

Lorsque nous nous remettons d’une infection, notre corps ne devient pas imperméable aux virus qui l’ont causée. Cependant, dans de nombreux cas, il devient pour eux un hôte inhospitalier. Après la guérison, notre corps contient en effet souvent les mêmes types de cellules qu’avant la maladie et les virus demeurent capables de s’y accrocher (c’est le cas par exempledes cellules des voies respiratoires). En effet, ces cellules cibles ne sont pas modifiées de manière substantielle, et elles ne peuvent éviter les futures infections, dans les mois qui suivent l’élimination du virus par la réponse immunitaire.

Cependant si, après une infection récente, des anticorps et des cellules mémoires (lymphocytes B et T) demeurent dans l’organisme, la nouvelle expansion du virus s’avère généralement plutôt de courte durée. L’infection est maîtrisée avant que l’hôte ne souffre trop — ou même ne s’en rende compte.

Cela semble être le cas du patient de Hongkong, qui n’a présenté que peu de symptômes de sa première infection, et aucun de la seconde infection. Celle-ci a été découverte à la suite de tests de routine à l’aéroport. Aurait-il jamais su qu’il avait été réinfecté s’il n’avait pas voyagé ? Probablement pas. Une question plus intéressante est de savoir s’il était contagieux pendant sa seconde infection asymptomatique.

Il s’avère de plus en plus évident que les personnes asymptomatiques et présymptomatiques sont contagieuses. C’est la raison pour laquelle les recommandations officielles — et raisonnables — sont de porter un masque, afin d’éviter d’infecter d’autres personnes, et de garder nos distances, afin d’éviter d’être infecté. Les autres coronavirus avec lesquels certains d’entre nous ont été en contact lors de précédents rhumes les ont doté de cellules T mémoires qui pourraient également se mobiliser contre le nouveau coronavirus SARS-CoV-2, ce qui expliquerait pourquoi certaines personnes ne développent pas de symptômes graves.

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Même si vous vous êtes remis d’une infection, vous devez suivre les recommandations officielles, comme le port d’un masque. r.classen/Shutterstock

Trois cas possibles

Comment interpréter la réinfection de ceux et celles qui ont récupéré de la maladie ?

Il y a trois conséquences possibles à une réinfection par un même virus : l’apparition de symptômes plus graves qui conduisent à une maladie plus grave, le développement des mêmes symptômes que lors de la première infection, ou des symptômes moins importants, synonymes de maladie plus légère ou à d’absence de maladie.


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Le premier cas, qualifié d’aggravation de la maladie, est observé chez les patients infectés par des souches similaires de virus comme la dengue. Il n’existe aucune preuve de ce phénomène avec le nouveau coronavirus, malgré plus de 23 millions de cas confirmés de Covid-19 dans le monde.

Dans le second cas, le patient souffre deux fois de la même maladie. Cela indique qu’il ne subsiste pas suffisamment de mémoire immunologique pour le protéger d’une réinfection. Cela peut se produire lorsque l’organisme n’a pas eu besoin de produire d’anticorps ou de cellules T pour résoudre première infection, sans doute parce que d’autres défenses immunitaires rapidement déployées ont suffi à la contrôler.

Dans le troisième cas, on assiste à une infection plus légère grâce à un système immunitaire sain qui a généré des anticorps et des réponses des lymphocytes B et T. Celles-ci ont persisté suffisamment longtemps pour être utiles lors de la deuxième exposition. Compte tenu de la diversité des réponses des anticorps et des lymphocytes T constatées chez différents patients atteints de la Covid-19, on pense actuellement que la protection immunitaire, si elle est efficace, peut varier d’une personne à l’autre.

Bien sûr, cela a des implications sur le degré et la durée de l’immunité collective, l’idée étant que lorsqu’un grand nombre de patients guéris immunisés seront présents dans la population, les plus vulnérables seront protégés. C’est le principe de la vaccination, essentielle pour induire et maintenir des réponses immunitaires protectrices à long terme. Celle-ci est en effet capable de provoquer des réponses immunitaires plus puissantes et plus durables que l’infection naturelle, qui peuvent de plus être maintenues par des rappels si nécessaire.

Les scientifiques n’ont donc pas été étonnés de constater de preuves de l’existence de réinfections. Et l’absence de symptômes chez le patient de Hongkong est une très bonne nouvelle.