Le secrétaire général de EELV Julien Bayou a récemment déclaré sa candidature à la présidence de la région Ile-de-France. Le parti écologiste ne compte pas s’arrêter là. Pantin le 22 août. ALAIN JOCARD / AFP

L’« écologie au pouvoir », c’est le titre de la motion proposée au dernier congrès d’Europe Écologie Les Verts (EELV) (octobre 2019) par Julien Bayou, secrétaire général du parti et ses colistiers.

Elle a remporté 43 % des suffrages des adhérents, puis obtenu une large majorité (93 %) à la suite du regroupement de l’essentiel des listes concurrentes.

L’objectif est donc bien fixé : il s’agit pour les Verts de gagner puis d’exercer le pouvoir à bref délai. À l’heure où ce même Julien Bayou se déclare candidat à la présidence de la région Île-de-France, il semble opportun de se demander sur quel niveau de pouvoir se positionne le parti écologiste, pour quel programme de gouvernement et avec quels alliés ?

Un banc d’essai rêvé

La séquence électorale récente et à venir constitue un banc d’essai rêvé pour l’écologie politique. D’abord des élections européennes remportées en 2019, toujours les plus aisées pour les écologistes parce que les enjeux environnementaux y sont centraux et que le mode de scrutin proportionnel permet de concourir sans besoin de partenaires.

Puis des élections municipales marquées par le désir de voir se réaliser au local une écologie pragmatique, avec un mode de scrutin souple autorisant des stratégies variables à l’égard des partenaires politiques.

L’année prochaine des élections régionales et départementales mettront en jeu des politiques publiques importantes dans le domaine de l’environnement et du social. Enfin dernière étape de ce parcours, l’enjeu national, avec des élections présidentielles et législatives, les plus ardues, jusqu’ici, pour l’écologie politique.

Premiers succès

Les deux premières étapes ont été considérées comme des succès notables pour EELV. En témoignent, les 13,5 % obtenus par la liste européenne menée par Yannick Jadot, puis la vague verte des élections municipales qui démontre que les électeurs ne rechignent pas à confier les clés de la mairie aux Verts dans des villes de taille et d’importance majeure, telle que Lyon, Marseille Bordeaux, ou Strasbourg.

Ces premiers succès seront-ils confirmés par les élections régionales et départementales de l’an prochain ? Un nouveau succès serait le signe d’une véritable montée en puissance de l’écologie politique car l’obstacle à franchir est plus haut.

Les dernières élections régionales (2015) ont été un échec patent pour EELV. Au total 3,83 % des suffrages exprimés.

Il est vrai qu’à cette date le parti des Verts était miné par les divisions et les querelles de personne à la suite de son refus de participer au gouvernement alors dirigé par Manuel Valls.

Obstacles

Aujourd’hui le parti semble apaisé et ses succès récents laissent prévoir un bon score global. Reste à négocier des alliances avec le Parti socialiste. Parmi les treize régions métropolitaines cinq sont dirigées par le Parti socialiste. Or l’exemple des municipales a montré que, presque toujours – hors le cas de Poitiers, et à quelques voix près seulement dans le cas de Lille –, les maires sortants socialistes qui se sont représentés ont résisté à la poussée écologiste. C’est le cas, par exemple, de Nantes où la maire sortante Johanna Rolland a largement devancé les Verts au premier tour (31,4 % contre 19,6 %) et a finalement à nouveau remporté la mairie.

Dans les négociations à venir on peut s’attendre à ce que le Parti socialiste prenne argument de ses présidences de région actuelles pour tenter de maintenir ses positions et donc de refuser une alliance de premier tour avec les écologistes.

Olivier Faure (PS), Michèle Rubirola, Julien Bayou (EELV) et Benoît Payan (PS) à Marseille lors du second tour des municipales.
Olivier Faure (PS) avait annoncé que son parti pourrait s’effacer devant un candidat écologiste en 2022. Ici à Marseille avec Michèle Rubirola, Benoît Payan et Julien Bayou, juin 2020. Christophe SIMON / AFP

Restent sept régions détenues par la droite dont certaines n’ont été gagnées que de justesse par Les Républicains au détriment de la gauche.

C’est le cas, par exemple de la Normandie où Hervé Morin n’a gagné sa région qu’avec une avance de 0,34 point de pourcentage. Ou de l’Île-de-France où Valérie Pécresse l’a emporté sur Claude Bartolone avec un écart de 1,6 point de pourcentage. Ou encore de la région Auvergne – Rhône-Alpes qui a vu la victoire de Laurent Wauquiez avec une avance de 3,8 points de pourcentages sur Jean‑Jack Queyranne.

De nouvelles listes pour rassembler

On peut imaginer que dans de tels cas EELV et le PS conviennent d’adopter la stratégie qui a été gagnante dans les municipales : des listes rassemblant tout ou partie de la gauche avec en tête de liste un représentant d’EELV c’est-à-dire la perspective pour les écologistes d’obtenir pour la première fois des Présidences de régions (hormis un cas, en 1992, lorsque l’écologiste Marie-Christine Blandin est devenue Présidente de la région Nord Pas de Calais à la suite d’un compromis au sein de la gauche).

La candidature de Julien Bayou à la région Île-de-France confirme les ambitions d’EELV. Ce dispositif serait sans doute complété par un partage des candidatures entre EELV et la gauche aux élections départementales.

Quant au programme commun à proposer pour ces élections locales, il ne devrait pas poser de difficultés majeures car les compétences accordées à ces collectivités concernent pour l’essentiel des domaines d’entente pour les partis de gauche.

Au département l’action sociale (enfance, personnes handicapées, personnes âgées, revenu de solidarité active), les infrastructures (ports, aérodromes, routes départementales), et l’éducation (gestion des collèges). À la région le développement économique, l’aménagement du territoire, les transports non urbains, la gestion des lycées, la formation professionnelle.

Quels Socialistes pour les Verts ?

À supposer que la dynamique de l’union entre gauche et écologistes soit confirmée par le résultat régional et départemental s’ouvrirait alors la perspective des élections présidentielles et législatives de 2022.

Là, les difficultés sont d’une autre taille. Et d’abord en termes de programmes politiques. Sans doute perçoit-on aisément les points de convergences entre gauche et écologie quand il s’agit d’environnement, puisque la gauche dans son ensemble semble avoir adopté sans réticences l’ensemble des positions défendues par EELV.

Sur le social il semble aussi y avoir un assez large accord en tous cas quand il s’agit de refuser le principe de la réforme du chômage ou celui de la retraite à points. Sur ces enjeux il y a eu concordance entre la majeure partie des Verts et la fraction dite des « Frondeurs » du Parti socialiste, c’est-à-dire les socialistes strictement opposés à toute concession au libéralisme économique tels que Pouria Amirshahi, Pascal Cherki ou Laurent Baumel.

Cette fraction, minoritaire du temps de la présidence de François Hollande est-elle aujourd’hui à la tête du Parti socialiste ? Les partisans d’un accommodement avec le libéralisme, happés par le Macronisme, par exemple Gérard Collomb, ont-ils disparu pour toujours du Parti socialiste ?

Certaines initiatives, telles que « Engageons nous », le projet politique de Laurent Joffrin peuvent en faire douter. C’est bien à nouveau à un « Réformisme de gauche en France » que se réfère l’ex-directeur de libération, c’est-à-dire, à cette ancienne idée de social-démocratie qu’il s’agit selon lui de rénover.

Enfin, il reste pour les Verts bien des ambiguïtés en ce qui concerne leur capacité à assurer les fonctions régaliennes.

Des silences historiques

Quelle politique sécuritaire ? Quelles mesures en matière d’immigration ? Quelles prises de position sur le conflit entre Israël et les Palestiniens ? Sur l’Europe, aussi, il n’est pas sûr que les positions pro-européennes de principe d’EELV concordent avec la vision relativement anti-européenne de la France Insoumise.

Sans doute les « Journées d’été » des Verts qui viennent de se dérouler à Pantin ont exploré de nombreux thèmes, mais elles sont restées timides quant aux questions sécuritaires, abordées seulement par le biais d’un panel consacré aux violences policières.

Journées LFI Châteauneuf-sur-Isère
Jean‑Luc Mélenchon (LFI) et Éric Piolle (EELV, maire de Grenoble) à Châteauneuf-sur-Isère près de Valence lors des journées d’été du parti La France Insoumise. Philippe Desmazes/AFP

En fait, l’effondrement du Parti socialiste a eu pour conséquence que l’écologie politique hérite de la position dominante qu’occupait ce parti. Mais en héritant de cette position, EELV a aussi hérité de ses problèmes irrésolus : quelle réponse à la mondialisation, quelle stratégie à l’égard du libéralisme, quelle politique en matière d’immigration ?

Reste enfin la question de la concurrence des candidatures à l’élection présidentielle.

2022 en ligne de mire

La sélection pour le second tour des deux candidats arrivés en tête du premier tour impose clairement une candidature unique à gauche. Au sein d’EELV cette concurrence ne devrait pas poser de problème majeur. Les Verts ont été les premiers à mettre en place un mécanisme de primaires au sein du parti pour choisir le/la candidat-e à l’élection présidentielle.

Il départagera demain Yannick Jadot d’Éric Piolle ou d’autres personnalités. Mais la seconde étape est plus délicate.

Le Parti socialiste est-il prêt à s’effacer devant le candidat choisi par les Verts comme le sous-entendait Olivier Faure ?

Si la négociation entre Verts et PS n’y suffit pas faudra-t-il organiser une primaire « ouverte » à gauche ? Et dans tous les cas quelle sera la décision de la France Insoumise et de son leader, Jean‑Luc Mélenchon, fort de son score historique (19,6 %) à la présidentielle de 2017 ?

L’écologie politique a fait la preuve de sa capacité à mobiliser un électorat décisif au niveau municipal, et peut-être à l’échelon régional. Pour ce qui est du niveau national, la question reste en suspens.