Les enfants du monde entier ont l’esprit très ouvert sur les mystères qui entourent la vie humaine. Shutterstock

« Pourquoi on meurt ? » « Est-ce que c’est toujours grave de se tromper ? » « Peut-on être triste et heureux à la fois ? » Les enfants posent souvent des questions de ce genre auxquelles il est difficile, voire impossible, d’apporter une réponse évidente. Lorsque les enfants soulèvent ces interrogations embarrassantes, les adultes ont tendance à recourir à des explications qui ferment la discussion, au moins temporairement.

Il est naturel d’essayer de réconforter un enfant qui se sent désorienté face au monde. Mais des explications toutes faites ne correspondent pas forcément à ce dont les enfants ont besoin ni à ce qu’ils recherchent. Souvent, ils ont seulement envie de partager leurs pensées et leurs préoccupations.

Être à l’écoute

En tant que philosophe et éducatrice, j’écoute depuis vingt-cinq ans des enfants et discute avec eux des grandes questions philosophiques qui les tracassent. J’encourage tous les jeunes à réfléchir par eux-mêmes aux problèmes qui les concernent car c’est important pour eux d’apprendre à analyser et à comprendre leurs propres expériences.

Pour la plupart, les tout-petits posent leurs premières grandes questions dès qu’ils commencent à parler, et continuent d’y penser tout au long de l’enfance.

Débordant de curiosité pour des choses que la plupart des adultes considèrent comme allant de soi, les enfants du monde entier ont l’esprit très ouvert sur les mystères qui entourent la vie humaine. Les travaux de recherches montrent cependant qu’en grandissant, ils posent de moins en moins de questions.

Souvent, les questions comptent plus pour les enfants que les réponses qu’on y apporte. Shutterstock

Les enfants me disent souvent que, lorsqu’ils sont éveillés la nuit, ils se demandent si Dieu existe, pourquoi le monde a ces couleurs-là et pas d’autres, ce que c’est que le temps et si les rêves sont réels. Ce ne sont pas des questions auxquelles on trouvera une réponse en faisant une recherche sur Google ou en envoyant une requête à Siri ou Alexa. Ce sont des interrogations qui traversent les époques et que chacun peut rencontrer à différentes étapes de sa vie.

Parfois, les questions sont même plus importantes que les réponses.

S’interroger à haute voix

La pandémie a conduit plus d’enfants à s’interroger sur des sujets comme la solitude, l’isolement, l’ennui, la maladie et la mort. Quand les écoles primaires de Seattle où j’interviens ont fermé, j’ai poursuivi ces ateliers de philosophie en ligne avec de petits groupes.

Lors d’une récente conversation avec six enfants de neuf ans, nous nous sommes concentrés sur les difficultés de la vie pendant la pandémie. Nous avons discuté de la façon dont le fait d’être privé de certaines choses nous aidait à les apprécier autrement.


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« J’aime la solitude, mais la situation est différente quand on nous oblige à rester seuls. J’ai réalisé combien mes amis comptaient pour moi », m’a dit une petite fille que nous appellerons Hannah.

Puis, « Max » nous a dit qu’il n’aurait jamais pensé aimer l’école, mais que le fait d’être resté à la maison le printemps dernier l’a aidé à mieux comprendre ce que l’école représente pour lui. Nous nous sommes demandé si nous attachons toujours plus d’importance aux choses quand nous en sommes privés.

Pas de réponses définitives

Si les enfants ont besoin de l’aide et des conseils des adultes, les parents ne doivent pas forcément adopter une position d’expert qui a réponse à tout. Explorer ces grandes questions main dans la main peut créer des échanges beaucoup plus riches.

Comme elles n’ont pas en général de réponses établies ou définitives, les discussions sont l’occasion pour les parents et les enfants de partager un moment de réflexion.

Soyez à l’écoute de ces questions stimulantes, reconnaissez combien il est difficile d’y répondre et gardez l’esprit ouvert tout au long de la conversation.

Des philosophes en herbe

D’une certaine manière, les enfants sont les débutants philosophes idéaux.

La plupart d’entre eux n’ont pas d’idée préconçue sur la manière dont le monde fonctionne et sont ouverts à un champ d’hypothèses beaucoup plus large. Lors des discussions, ils peuvent souvent suggérer des manières originales et créatives d’aborder les grandes questions.

Parler avec les enfants de ce qu’ils pensent sans se sentir obligés de leur apporter des réponses va au contraire les aider à explorer leurs propres préoccupations et idées. Particulièrement aujourd’hui, alors que le confinement a rapproché les familles, ces conversations peuvent aider les parents et les enfants à communiquer de manière plus authentique.