Auteur

  1. Nathalie LouisgrandEnseignante-chercheuse, Grenoble École de Management (GEM)

Déclaration d’intérêts

Nathalie Louisgrand ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

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Un rassemblement de 35 confréries au Puy-en Velay, en 2017. Ambassade des confréries Rhône-Alpes

Les confréries gastronomiques et œnologiques existent depuis le Moyen-âge. Dès leur origine, les notions d’entraide et de transmission sont fondamentales. Après avoir quelque peu disparu, elles refont surface dans la seconde moitié du XXe siècle, en particulier au cours des années 60, pour lutter contre l’uniformisation des pratiques alimentaires, la défense des savoir-faire et des produits locaux, face à l’industrie agroalimentaire. Aujourd’hui, la France en compte environ 1 500. Bien que d’autres pays, comme la Suisse et la Belgique, comptent aussi des confréries gastronomiques, le phénomène demeure très majoritairement français.

Défense des produits, folklore médiéval et fraternité

Les confréries se distinguent grâce à plusieurs éléments se référant au passé et aux traditions, pour mieux asseoir leur légitimité. Tout d’abord, leurs membres utilisent un langage particulier, empli d’une terminologie moyenâgeuse et chevaleresque (leurs présidents se nomment par exemple « grand maître »). Ensuite, leur costume, leur médaille, leurs rites, leur objet – toujours en lien avec le produit du terroir qu’ils défendent – sont facilement reconnaissables. Enfin, tous ces éléments témoignent, au-delà de l’imaginaire médiéval et symbolique dans lesquels ils s’inscrivent, de l’authenticité des confréries représentées.

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Le but de ces confréries, aujourd’hui laïques et constituées en association loi 1901, est tout d’abord de défendre des produits liés à un territoire, de sauvegarder des gestes ancestraux, des recettes, et de les transmettre aux jeunes générations pour éviter que ce patrimoine gastronomique ne sombre dans l’oubli. C’est aussi un moyen de le promouvoir et de se faire connaître hors de leur région d’origine grâce à la formation d’initiés qui sauront perpétuer ses règles et ses rites et valoriser ex-situ ses produits gastronomiques.

Confrérie des Chevaliers du Livarot – « Faire connaître et apprécier le fromage Livarot et la gastronomie normande.

Une autre particularité d’une confrérie gastronomique est le regroupement de femmes et d’hommes prônant la convivialité, l’amitié, la fraternité et l’entraide. Le jour du chapitre d’une confrérie est un jour de rassemblement durant lequel des membres d’autres confréries sont aussi invités. Tout le monde se retrouve ensuite, dans la bonne humeur, autour d’un bon repas. Le grand maître en profite pour introniser les nouveaux membres, qu’ils soient actifs ou à titre honorifique.

Tous seront ensuite de fervents défenseurs de la confrérie à laquelle ils appartiennent. L’événement se déroule en suivant scrupuleusement tout un cérémonial.

Les confréries sont essentiellement présentes lors d’animations culturelles, commerciales ou religieuses. Cependant, au-delà de l’aspect folklorique qui accompagne ces événements, à quel futur sont-elles promis ? En effet, nombre d’entre elles se plaignent du vieillissement de leurs membres – majoritairement masculins – de la difficulté de recruter des plus jeunes, futurs membres actifs et engagés, et d’avoir des chapitres de plus en plus désertés.

L’astronaute Thomas Pesquet intronisé par la Confrérie des Chevaliers du Tastevin.

En regardant de plus près, force est de constater que les actes de nombreuses confréries gastronomiques et œnologiques ne se limitent pas à quelques manifestations costumées, au verbe fleuri, vestiges d’un autre temps, ni à des banquets de bons vivants. Mais quels sont leurs pouvoirs et comment se manifestent-ils ?

Une influence politique et économique

Tout d’abord, les confréries mènent une action déterminante dans la sauvegarde du patrimoine gastronomique. En effet, elles ont évité que nombre de produits ou recettes ne disparaissent à jamais. Le safran, par exemple a été sauvé de l’oubli par la Confrérie des chevaliers du safran du Gâtinais. L’épice, disparue depuis plusieurs décennies, a de nouveau été cultivée et protégée.

Elles permettent ensuite de promouvoir le travail bien fait et de valoriser certaines professions. Il y a une trentaine d’années, les pâtés en croûte étaient majoritairement de fabrication industrielle. Grâce à la confrérie du Pâté croûte qui a lancé son concours en 2009, le produit – de nouveau artisanal – est désormais le nouvel étendard du savoir-faire charcutier. Ces manifestations favorisent donc aussi la remise au goût du jour de classiques de la gastronomie française.

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C’est aussi grâce à l’action des confréries que le « repas gastronomique des Français » a été inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité en 2010. De plus, étant donné que les confréries apparaissent comme avocates du patrimoine gastronomique dans le dossier présenté à l’Unesco, elles ont été de fait reconnues comme appartenant patrimoine, elles aussi.

Ensuite, le pouvoir politique de certaines confréries est réel. Il suffit que parmi les membres se trouvent des personnes influentes comme des élus locaux, des gens de renom, ou des avocats, pour que ces dernières aillent défendre leur produit, leur savoir-faire ou leur appellation devant les tribunaux. C’est ainsi que depuis 2021, au terme d’une longue bataille juridique, seuls les « vrais » camemberts au lait cru AOP sont autorisés à recevoir la mention « fabriqué en Normandie », et non plus les camemberts industriels.

Des membres de la confrérie de l’omelette géante de Fréjus préparent une omelette géante à la truffe d’un coût de plusieurs milliers d’euros à Uzès, le 18 janvier 2004.

De plus, si les confréries sont très populaires et que les manifestations qu’elles organisent attirent du monde, elles peuvent obtenir des subventions de la mairie ou des collectivités territoriales. Plus elles sont populaires, plus elles reçoivent d’argent. Derrière le folklore se cache donc bien un pouvoir réel associé à de vrais enjeux économiques locaux ou régionaux.

Mise en valeur touristique

Enfin, les confréries participent au développement du tourisme local. En jouant sur la transparence des produits, en prônant le bien manger et le bien boire d’une région ou d’une ville, elles inscrivent le territoire dans une dimension historique qui lui donne plus de pouvoir et de légitimité. D’ailleurs, consommer des produits locaux, permet aussi aux touristes de répondre à cette quête d’authenticité qu’ils recherchent. Aujourd’hui, avec le tourisme écologique, le développement durable et l’écotourisme, le rôle des confréries prend une réelle ampleur. En effet les marchés, foires et festivités locales, permettent de valoriser des produits et, au-delà, des territoires. Cela peut d’ailleurs leur permettre d’attirer des membres plus jeunes, désireux de s’investir dans des causes en lien avec leurs valeurs. Les confréries semblent donc avoir encore de beaux jours devant elles.